Le 26 octobre 2026 – Petites, sans grand marché intérieur et pratiquement dépourvues de ressources naturelles, la Suisse romande et la Suisse doivent leur prospérité à leur capacité d’innovation dans des domaines à haute valeur ajoutée et à leur ouverture, ainsi qu’à la robustesse de la demande intérieure. Toutefois, cette ouverture les expose aussi aux aléas de l’économie mondiale et aux crises. Plusieurs éditions de l’étude sur le produit intérieur brut (PIB) romand se sont penchées sur ce phénomène.
Mais une évolution récente déjà mise en évidence, la refragmentation du monde au détriment du libre-échange, pose de plus en plus la question de la sécurité économique. Celle-ci figure d’ailleurs dans les documents sur la politique de sécurité et la politique économique extérieure de la Confédération. Bien qu’il ne soit pas défini de manière précise, ce concept n’en est pas moins essentiel, puisqu’il englobe les facteurs sans lesquels l’économie ne pourrait pas fonctionner normalement et créer de la valeur.
Les deux faces d’une même pièce
Ces facteurs de sécurité sont donc étroitement liés à ceux qui font le succès de notre économie. De manière simplifiée, ils concernent la capacité d’exporter des produits à haute valeur ajoutée, soit l’innovation et l’accès aux marchés, ainsi que la solidité du marché intérieur et les conditions-cadres.
En ce qui concerne les marchés extérieurs, leur importance est visible dans le rapport entre les exportations de biens et le PIB. Pour la Suisse romande et la Suisse, ce rapport est de respectivement 48% et 45%, alors que la moyenne mondiale est de 21% et celle de la zone euro de 34%. Sur le plan cantonal, Neuchâtel, le Jura et Genève sont même nettement au-dessus de ces valeurs. Résultat, la croissance de la Suisse romande et de la Suisse est corrélée avec celle des principaux débouchés de leurs exportations, la zone euro, la Chine et les États-Unis.
Dès lors, l’accès à ces marchés – et à d’autres – est d’une importance cruciale. La zone euro est englobée dans les discussions en cours sur le troisième paquet d’accords bilatéraux avec l’Union européenne. Avec les États-Unis, des pourparlers sur un accord sont en cours; actuellement, la taxe additionnelle de base pour les importations depuis la Suisse se monte à 12,5%, avec de nombreuses exceptions. L’horizon ne se limite toutefois pas à ces pays ou régions et, ces dernières années, le pays a signé, dans le cadre de l’Association européenne de libre-échange (AELE), des accords qui ouvrent de nouveaux horizons, avec l’Indonésie ou l’Inde.
Terreau fertile pour l’innovation
L’utilité de l’accès aux marchés augmente dès lors qu'on y vend des produits qui se démarquent. La capacité de la Suisse à rester innovante est clé. À ce titre, face à la quatrième révolution industrielle et à l’essor de l’intelligence artificielle (IA), la Suisse peut s’appuyer sur ses pôles d’innovation, écoles polytechniques, hautes écoles et universités, ainsi que sur son industrie. Elle est d’ailleurs dans le top 10 des pays les mieux classés à l’«Indice de préparation à l’IA» du FMI.
La qualité des pôles d’innovation contribue à de bonnes conditions-cadres. Parmi ces dernières figurent aussi le fédéralisme, la stabilité politique et la sécurité juridique, le bas niveau d’endettement, l’inflation basse, le chômage contenu, la flexibilité du marché du travail, l’immigration de profils qualifiés, l’orientation générale favorable à la concurrence, ainsi que l’éducation. Cela a aussi un impact sur le marché intérieur, qui stabilise la conjoncture face aux aléas de l’économie mondiale. Ce dernier n’est pas à sous-estimer: les branches sensibles à la conjoncture domestique ou peu sensibles à la conjoncture représentent 47% du PIB romand et 56% des emplois.