Attention aux escrocs! Ne communiquez jamais vos identifiants, votre carte bancaire ou son code d’identification. Nous ne vous demandons jamais ces informations. Vérifiez vos paiements (bénéficiaires/montants). N’installez jamais de logiciels d’accès à distance. En savoir plus

Une Suisse groggy, mais debout

  • La situation tarifaire n’est pas stabilisée.
  • Les entreprises réagissent avec détermination.
  • Au-delà des réponses immédiates, la Suisse doit faire évoluer son modèle.

Élève appliquée, la Suisse s’est pliée aux règles du commerce international dans ses négociations avec les États-Unis. Elle est mal récompensée. Donald Trump a tranché dans le vif: 39%, l’un des taux de douane les plus punitifs à ce jour. Ce chiffre ne reflète toutefois pas la taxe réelle, proche de 20%, certains secteurs bénéficiant d’exemptions, notamment les métaux précieux. Heureuse surprise, la pharma suisse semble en ballottage favorable. Dans les faits, chaque entreprise subit un impact spécifique, la diversité des tarifs selon les produits rendant la situation d’autant plus incertaine qu’elle dépend des décisions changeantes de la Maison Blanche.

Les entreprises réagissent

Attachées à des conditions-cadres libérales, les entreprises ont réagi à ce séisme avec détermination. Chaque secteur cherche les réponses les plus adaptées à son modèle pour minimiser l’impact des droits de douane. Le prix reste l’outil maître quand la délocalisation est impossible (luxe, agroalimentaire); la production locale progresse lorsque la capacité existe ou peut être augmentée rapidement (industrie, medtech, pharma) et la logistique/approvisionnement permet de réduire l’impact douanier sur les biens technologiques et industriels.

En l’état, les solutions pour soutenir l’industrie d’exportation demeurent limitées. Le levier monétaire est inopérant. La Banque nationale suisse n’a aucune prise sur le niveau des tarifs et une intervention sur le franc risquerait d’aggraver les tensions avec Washington, d’autant que la Suisse vient de passer un pacte de non-agression monétaire avec les États-Unis.

Mesures politiques défensives

Les autorités politiques s’emploient néanmoins à contenir le choc. À l’extérieur, Berne continue de dialoguer avec les États-Unis, renforce les liens avec l’Union européenne – premier débouché de nos exportations – et conclut de nouveaux accords avec des blocs majeurs, tels que le Mercosur ou l’Inde. À l’intérieur, la Confédération prolonge la durée des RHT (réduction de l’horaire de travail) afin de donner aux entreprises le temps de s’adapter, tandis que certains cantons réactivent des dispositifs de soutien ciblés.

Et si la Suisse s’interrogeait sur elle-même?

Selon le SECO, l’impact négatif sur la croissance devrait atteindre 0,3% à 0,6% sur deux ans, avec une perte de 10 000 à 15 000 emplois et une hausse du chômage d’environ 0,3 point par rapport au scénario prétarifs. Ce choc reste absorbable, mais il s’ajoute à une succession de crises – dette souveraine, pandémie, choc énergétique –, qui mettent à rude épreuve l’appareil productif et appellent une réaction. Faute de pouvoir se replier sur elle-même, la Suisse devrait réfléchir à faire évoluer ses conditions-cadres pour accroître sa productivité et sa compétitivité, en investissant davantage dans la recherche, l’innovation et, pourquoi pas, la modernisation de ses infrastructures. L’exemple de l’Allemagne, où le gouvernement assouplit sa règle du frein à l’endettement pour financer un ambitieux plan d’investissements, bientôt complété par des réformes structurelles, n’est pas directement transposable. Il témoigne toutefois d’un volontarisme qui pourrait être source de réflexion.