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Ni un «remake» de 1973 ni un de 2022

  • Le conflit en Iran pèse sur la croissance mondiale et ravive les pressions inflationnistes.
  • L’Europe reste la région la plus exposée en cas de prolongation du conflit.
  • Les banques centrales temporisent. La Fed et la BNS ont plus de flexibilité que la BCE.

Le déclenchement de la guerre en Iran est venu percuter le scénario économique optimiste de début d’année. Peu de données intègrent encore pleinement les retombées de l’opération «Epic Fury», mais les grandes lignes se dessinent. L’économie mondiale devra composer en 2026 avec moins de croissance, plus d’inflation et moins, voire pas, de soutien monétaire. Pour autant, la crise iranienne n’est ni un remake du choc pétrolier de 1973 ni de la crise inflationniste de 2022-2023. Notre scénario central table sur une désescalade progressive et la réouverture du détroit d’Ormuz d’ici l’été. Le chemin jusque-là sera vraisemblablement jalonné de tensions et les négociations entre les belligérants pourraient tirer en longueur, mais, à ce stade, le risque de récession est écarté.

Un choc absorbable

Le conflit survient dans un environnement conjoncturel globalement solide, attesté par des résultats d’entreprises rassurants au premier trimestre. Ce point de départ favorable, conjugué à la libération coordonnée des réserves stratégiques mondiales de pétrole et à une dépendance aux énergies fossiles structurellement moindre qu’au cours des années 1970, offre à l’économie mondiale un coussin de sécurité non négligeable. Les indicateurs d’activité reculent, mais sans signe de rupture.

Régionalement, les États-Unis sont les mieux positionnés. Leur statut d’exportateur net de pétrole protège leur balance des paiements et les isole des effets les plus directs du choc. La Chine, principal acheteur de brut iranien, dispose quant à elle d’un mix énergétique diversifié et de réserves d’hydrocarbures substantielles qui lui confèrent une certaine résilience. C’est en définitive l’Europe, où la dépendance énergétique est une faiblesse structurelle, qui est la plus exposée en cas de guerre longue.

Des effets inflationnistes encore circonscrits

Les effets négatifs du prix élevé du pétrole se sont principalement manifestés dans les métriques d’inflation. En Europe, la hausse des prix s’est accentuée dès mars, sans toutefois se diffuser à l’inflation sous-jacente, signe d’une transmission encore limitée à l’ensemble de l’économie. Les risques d’effets de second tour apparaissent par ailleurs plus contenus que lors du déclenchement du conflit en Ukraine, dans un contexte de marché du travail moins tendu et de faibles pressions salariales.

Des banques centrales attentistes

Face à ces incertitudes, les banques centrales n’ont pas toutes la même marge de manœuvre. La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre (BoE), dont le mandat est centré sur la stabilité des prix, se trouvent dans une position inconfortable: contenir l’inflation sans étouffer une croissance déjà fragilisée. Les marchés anticipent deux hausses de taux dans ces zones monétaires. La Réserve fédérale, forte de son double mandat et du statut énergétique des États-Unis, dispose d’une latitude plus grande. Elle devrait pouvoir tenir sa position de statu quo sur l’essentiel de l’année.
 

Quid de la Suisse?

Globalement, la Suisse se trouve en relativement bonne posture pour faire face à cette énième crise. La croissance est au rendez-vous, même si elle est sans grand relief. Relevons que notre économie a besoin de trois fois moins d’énergie que les États-Unis pour produire une unité de PIB, ce qui constitue aujourd’hui un avantage non négligeable. La force du franc amortit par ailleurs la transmission des prix pétroliers à l’inflation domestique. Il est donc probable que la Banque nationale suisse (BNS) se montre un peu plus tolérante face à l’appréciation de notre devise. À quelque chose malheur est bon: le scénario d’un retour aux taux négatifs s’éloigne. Sur l’ensemble de 2026, la BNS devrait maintenir son taux de référence à 0%, tout en restant déterminée à intervenir sur le marché des changes pour contenir d’éventuels excès, avec l’EUR/CHF en ligne de mire.

Un point de vigilance demeure. Les nouvelles velléités tarifaires de l’administration Trump, après son échec devant la Cour suprême, ne vont pas vraiment dans le bon sens pour la Suisse et constituent toujours un risque non négligeable, sur la deuxième partie de l'année, pour une économie aussi ouverte que la nôtre.
 

La stratégie d’investissement en 3 questions

Allocation d’actifs: approche prudentielle privilégiée

1. Quel positionnement en actions adopter d’ici l’été?

L’appréciation de l’environnement géoéconomique actuel débouche sur une lecture nuancée. Les risques de dégradation conjoncturelle sont contrebalancés par la perspective d’une sortie du conflit iranien d’ici l’été, ce qui plaide pour une allocation neutre en actions. La tendance restera vraisemblablement irrégulière, jalonnée d’épisodes de volatilité avant une reprise plus pérenne des indices. Dans une optique prudentielle, les thématiques les plus exposées au cycle – moyennes valeurs allemandes et financières américaines – ont été coupées. Nous apprécions en revanche les actions suisses à hauts dividendes, dont la visibilité des flux offre une certaine sécurité dans un environnement de moindre lisibilité sur les bénéfices, ainsi que le segment des petites et moyennes capitalisations suisses, dont la diversité élargit la palette d’exposition au-delà des grandes valeurs du SMI. La technologie américaine, immunisée contre la hausse des prix de l’énergie et porteuse des meilleures perspectives bénéficiaires aux États-Unis a également été renforcée.

2. Et dans l’obligataire?

La sous-exposition des portefeuilles aux obligations s’est révélée un atout majeur à l’entrée en guerre. Ce positionnement est maintenu dans un contexte où les risques dominants relèvent d’un scénario inflationniste. Nous conservons intacte notre exposition aux emprunts en franc, qui ont pleinement joué leur rôle de valeur refuge au pic des tensions. Le choix de diversifier l’exposition aux obligations domestiques et au crédit High Yield avec des gestions internationales actives s’est également avéré payant. Il a permis d’amortir le choc tout en élargissant les sources de rendement. La forte remontée des taux a par ailleurs conduit à des achats opportunistes sur des obligations européennes, couvertes contre le risque de change. Les emprunts en euros sont en effet ceux qui ont le plus intégré le risque de stagflation et qui nous paraissent aujourd’hui les plus attractifs en termes de valorisation.

3. Qu’attendre du franc?

L’EUR/CHF est étroitement lié à la conjoncture allemande, sérieusement ébranlée par le conflit iranien. Le potentiel de rebond de l’euro apparaît dès lors limité: la paire devrait évoluer dans une fourchette de CHF 0,90 à 0,95 dans les mois qui viennent. Les hausses de taux anticipées de la BCE ne devraient pas inverser cette tendance. Le dollar, de son côté, s’il s’est apprécié durant la phase d’escalade grâce à l’autosuffisance énergétique des États-Unis, a recommencé à perdre du terrain après l’annonce du cessez-le-feu. Ne nous y trompons pas: même protégé contre le renchérissement du pétrole, le billet vert sera pénalisé à moyen terme par les retombées budgétaires du conflit. La reconstitution des stocks militaires pèsera sur des finances publiques déjà sous tension, réduisant une flexibilité fiscale déjà mise à mal. Le dollar devrait évoluer entre CHF 0,75 et 0,80 dans les prochains mois.