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Dynamiques géographiques fragmentées

  • La solidité du marché de l’emploi américain impressionne.
  • La Suisse croît, mais sous son potentiel.
  • Europe: entre ambitions stratégiques et réalité.
  • Une Chine résiliente, mais qui souffre de son immobilier.

    Le déclenchement du conflit en Iran est venu percuter le scénario d’une poursuite de l’embellie conjoncturelle synchronisée précédant la guerre. Avant le 28 février 2026, les principales économies affichaient des signes convergents d’expansion. Quatre mois plus tard, le paysage apparaît plus contrasté. Les États-Unis et la Suisse démontrent une résilience remarquable, la Chine peine toujours à retrouver un équilibre durable de croissance et l’Europe encaisse le choc économique le plus sévère.

    États-Unis: économie à deux vitesses

    Aux États-Unis, les dernières statistiques de l’emploi confirment la solidité du marché du travail. Les créations de postes demeurent soutenues et le chômage reste proche de ses plus bas historiques. Dans ces conditions, l’équilibre des risques associés au double mandat de la Réserve fédérale s’est déplacé. La lutte contre l’inflation redevient prioritaire par rapport au soutien à l’emploi. Les marchés anticipent ainsi une hausse des taux directeurs cette année, peut-être déjà d’ici la fin de l’été.

    La robustesse de l’économie américaine a son revers. Sous l’effet d’une inflation persistante, la confiance des ménages s’érode. Les salaires progressent, mais insuffisamment pour compenser l’augmentation du coût de la vie. Les foyers à faibles revenus recourent de plus en plus régulièrement au crédit. Chez les 10% des ménages les plus aisés, qui représentent près de 50% des dépenses de consommation du pays, la «fin de mois» n’est cependant pas aussi contraignante. Ils peuvent s’appuyer sur un patrimoine financier considérable. La hausse des titres américains, en particulier ceux liés à l’intelligence artificielle (IA), n’est pas étrangère à leur confort.

    Si l’IA se profile comme un puissant accélérateur de productivité, elle ne permettra pas de gommer les disparités de revenus. Elle n’en demeure pas moins l’un des principaux moteurs de l’économie américaine. Les dépenses d’investissement dans le domaine devraient dépasser 800 milliards de dollars en 2026.

    Suisse: marge de manœuvre limitée

    En Suisse, la situation demeure globalement favorable malgré un environnement international dégradé. La reprise industrielle apparaît robuste tandis que la consommation privée montre des signes d’essoufflement. Le marché du travail reste solide, le chômage demeure faible et l’inflation évolue à des niveaux contenus. La vigueur du franc suisse limite la transmission de l’inflation importée. Dans ce contexte, la Banque nationale suisse devrait privilégier le statu quo monétaire en 2026. Pour autant, la montée du protectionnisme, les tensions commerciales et les crises géopolitiques à répétition continuent de peser sur le potentiel de croissance du pays.

    Europe: la BCE à contre-courant

    En Europe, les perspectives demeurent plus fragiles. Le recentrage des politiques industrielles vers une plus grande souveraineté énergétique, technologique et militaire constitue une ambition stratégique. À court terme, les indicateurs d’activité reflètent toutefois une économie affaiblie par la hausse des coûts énergétiques. La perspective d’une réouverture complète du détroit d’Ormuz devrait toutefois contribuer à restaurer la confiance des entreprises et des ménages. Pour la Banque centrale européenne, l’équation reste délicate. Elle a choisi de relever préventivement ses taux directeurs de 25 points de base en juin. D’autres ajustements pourraient suivre.

    Chine: sous pression

    La Chine présente enfin un profil singulier. Les exportations continuent de constituer le principal moteur de l’activité et soutiennent une croissance proche des objectifs fixés par Pékin. Grâce à d’importantes réserves stratégiques de pétrole ainsi qu’à sa proximité avec la Russie, le pays demeure relativement protégé contre le choc d’offre actuel. En revanche, la demande intérieure reste pénalisée par la crise immobilière et par un chômage élevé chez les jeunes actifs. Une stabilisation durable du marché immobilier apparaît comme une condition indispensable pour restaurer la confiance et rééquilibrer les moteurs de la croissance chinoise.

    La stratégie d’investissement en 3 questions

    L’équilibre dans l’allocation, l’agilité dans la gestion

    1. Quel est votre positionnement en actions à l’orée du troisième trimestre?

    Les actions mondiales ont bénéficié de la solidité des bénéfices des entreprises, notamment dans le secteur des semi-conducteurs. En avril, nous avons complété notre exposition à la technologie américaine sans reprendre de risque lié au dollar. La pondération significative du marché suisse continue de jouer un rôle stabilisateur grâce à la thématique à hauts dividendes, complétée par les petites et moyennes capitalisations, plus sensibles au cycle économique mondial. Nous maintenons notre conviction dans les marchés émergents et l’Europe. En juin, nous avons pris quelques profits à la suite du très fort rebond intervenu depuis fin mars. Pour les prochains mois, nous conservons une pondération neutre en actions. Cette position reflète un équilibre entre, d’une part, la résistance des économies et des bénéfices des sociétés et, d’autre part, un environnement géopolitique perturbé. La diversification reste essentielle. Elle permet de traverser les fluctuations sans dépendre excessivement d’un seul moteur de performance dans une phase de marché où les leaderships peuvent changer rapidement.

    2. Et dans l’obligataire?

    L’exposition obligataire reste largement sous-pondérée dans les portefeuilles, car le régime de risque n’est plus déflationniste. Plus fondamentalement, hors de la Suisse et de quelques autres États, le statut de valeur refuge des emprunts souverains est de plus en plus remis en question, notamment en raison des dérives de l’endettement public. La hiérarchie des risques dans les portefeuilles obligataires doit être ainsi repensée. Les stratégies passives et indicielles doivent être évitées, car elles favorisent systématiquement les émetteurs les plus endettés. Il faut approcher ce type d’émetteurs de façon opportuniste et ne pas hésiter à diversifier. Le poids du Canada, de la Nouvelle-Zélande ou de la Suisse est négligeable dans les indices, pourtant ce sont les marchés souverains les plus performants en 2026. Nous favorisons les gestions actives qui non seulement expriment des préférences géographiques ou sectorielles marquées, mais qui s’exposent également aux différents relais de performance de la classe d’actifs (courbes de taux, devises, taux réels, anticipations d’inflation).

    3. Qu’attendre du franc?

    Peu recherché dans un contexte de choc énergétique qui bénéficie davantage aux devises des pays exportateurs de pétrole, le franc s’est stabilisé à des niveaux qui restent élevés. L’après-conflit devrait ouvrir la voie à une poursuite de cette tendance indécise, la réouverture du détroit d’Ormuz devrait en effet bénéficier à l’euro, moins au dollar. Les deux devises vont donc continuer à se compenser peu ou prou. Pour la BNS, la meilleure stratégie se résume à observer et attendre. Étant donné une conjoncture fragilisée, elle n’a aucune raison de se presser pour relever les taux et susciter une appréciation du franc qui n’a pas réellement lieu d’être, l’inflation restant contenue.