Le degré d’incertitude est très élevé, avec notamment comme facteurs de risque la situation géopolitique, l’endettement de certains pays ou l’évolution du cours du franc.
L’économie du canton traverse une période de perturbations liées au changement de cap de la politique commerciale américaine. Grâce à l’accord permettant de ramener de 39% à 15% les droits de douane additionnels sur une partie des exportations suisses aux États-Unis, l’incertitude s’est partiellement dissipée et les estimations de croissance pour 2025 ont été revues à la hausse. Selon les données publiées ce jour par la Commission Conjoncture vaudoise, la croissance vaudoise devrait s’être inscrite à 2,2% l’an dernier, alors que la projection de novembre portait sur une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,9%. Notamment, la constitution de stocks outre-Atlantique avant la hausse des droits de douane américains a soutenu les activités manufacturières. Cette année, la croissance devrait ralentir à 0,7%, soit un tassement plus prononcé qu’attendu en novembre (recul à 1,1%). L’an prochain, la croissance pourrait remonter à 1,6%. Le degré d’incertitude est très élevé, avec notamment comme facteurs de risque la situation géopolitique, l’endettement de certains pays ou l’évolution du cours du franc.
L’année 2025 a été chahutée avec les décisions en matière de politique commerciale du président américain Donald Trump, entré en fonction il y a douze mois. À partir du «Libération Day» le 2 avril, les taxes à l’importation frappant les marchandises entrant aux États-Unis ont été relevées par étapes, avec des exceptions comme les matières premières, certains aliments ou les produits pharmaceutiques. Pour la Suisse, les droits de douane additionnels ont atteint début août 39%, l’un des taux les plus élevés au monde, avant d’être abaissés à 15% en novembre, soit le taux appliqué à l’Union européenne (UE), à la suite d’un accord entre Berne et Washington.
Pour les exportateurs, ce contexte a été accompagné d’une baisse du dollar de 12,6% par rapport au franc. Les parades mises en œuvre par les entreprises, telles que l’alimentation anticipée des stocks aux États-Unis ou le recours au chômage partiel, ont soutenu la conjoncture, de même que la demande intérieure robuste. À 4,8% en décembre, le chômage dans le canton demeure contenu. Les taux d’intérêt sont bas: le rendement des obligations à 10 ans de la Confédération évolue au-dessous de 0,5%, tandis que le taux directeur de la Banque nationale suisse s’inscrit à 0% depuis juin, alors qu’il était de 1,75% en mars 2024. Les indicateurs de la Commission Conjoncture vaudoise montrent une industrie faisant face à des vents contraires, avec une appréciation de la marche des affaires en repli. Dans les autres secteurs de l’économie, la construction, le commerce de détail, l’hôtellerie-restauration et les services, la marche des affaires est jugée stable.
La même évolution paradoxale s’observe sur le plan suisse: la croissance contraste avec l’environnement international chahuté. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) a revu à la hausse son estimation de croissance pour 2025, qui est passée de 1,3% en octobre dernier à 1,4% en décembre. Pour 2026, il prévoit pour la Suisse un ralentissement de la croissance à 1,1% (0,9% attendu en octobre). En revanche, le scénario du SECO intègre une embellie en 2027, avec une hausse du PIB helvétique de 1,7%. Sur le plan mondial, malgré une meilleure visibilité sur l’évolution de la conjoncture internationale grâce à la conclusion d’accords entre les États-Unis et d’autres pays, les prévisions de janvier du Fonds monétaire international (FMI) illustrent les effets des tensions commerciales: la croissance mondiale est attendue en stagnation à 3,3% en 2026, comme en 2025, avant de fléchir à 3,2% en 2027.
En raison du degré élevé d’incertitude, les prévisions par branche sont à considérer avec prudence. Toutefois, certaines tendances se dégagent et montrent la robustesse de la demande intérieure. Ainsi, le commerce de gros et de détail pourrait connaître une forte croissance (plus de 2%) cette année, comme l’an dernier. Une forte croissance est également attendue en 2026 dans les services aux entreprises et les activités immobilières, après une croissance modérée (entre 0,5% et 2%) en 2025. À l’inverse, une croissance modérée se dessine cette année dans la construction, dans les services financiers ainsi que dans les services publics et parapublics, après une forte croissance l’an dernier.
La chimie-pharma pourrait aussi ralentir, une forte baisse (plus de -2%) de l’activité en 2026 suivant une forte croissance en 2025. Dans l’industrie des machines et l’horlogerie, une baisse modérée (entre -0,5% et -2%) se dessine pour cette année, après une stagnation (évolution entre -0,5% et +0,5%) l’an dernier. Les transports et les communications pourraient connaître une forte baisse en 2026, après une croissance modérée en 2025. Quant à l’hôtellerie-restauration, les prévisions vont dans le sens d’une stagnation cette année, à l’image de l’an dernier.
Le PIB est un indicateur essentiel pour évaluer le dynamisme d’une économie. Le PIB vaudois et les prévisions sont publiés par la Commission Conjoncture vaudoise, un partenariat entre l’État de Vaud, la CVCI, la BCV et les principales associations de branches du canton. Ils sont calculés par les économistes Claudio Sfreddo (chef de projet depuis 2008) et Giuliano Bianchi, de l’Institut Quantitas pour l'analyse et la prévision économiques de la HES-SO. Les taux de croissance suisse et vaudois sont corrigés des effets des grands événements sportifs internationaux. Le PIB vaudois et les prévisions sont publiés quatre fois par an (prochaine parution: avril 2026). Responsables de l’économie privée et décideurs politiques disposent ainsi en tout temps de données et de prévisions à jour, afin de pouvoir mieux préparer leurs décisions et piloter leurs projets.