Les grandes manifestations qui se dérouleront sur territoire vaudois en 2020, à l’instar des Jeux olympiques de la Jeunesse, devraient être porteuses pour de nombreuses branches économiques, à commencer par l’hôtellerie-restauration et le commerce de détail.

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Dans le canton06 décembre 2019

Un vent d’optimisme souffle sur les branches de l’économie vaudoise

2019 s’avère un bon cru dans la plupart des secteurs économiques du canton. La situation est d’ailleurs souvent meilleure que dans le reste du pays. Optimisme mesuré pour 2020.

Tout va bien. L’économie vaudoise a vécu une bonne année 2019. Meilleure d’ailleurs que sa grande sœur suisse. Les messages transmis par les représentants des principales branches économiques du canton lors de la conférence de presse annuelle de la Commission conjoncture vaudoise, dont fait partie la BCV, ont vite pris des allures de refrain.

Certes, les turbulences sont à nos portes. L’économie mondiale ralentit. Les tensions commerciales – importantes pour une région exportatrice – vivent au rythme du «je t’aime, moi non plus». Plusieurs parties du monde connaissent des révoltes sociales. Conscients de ces éléments, les entrepreneurs vaudois font preuve d’une certaine prudence pour les six mois à venir, mais ne peuvent que constater qu’en 2019 la marche des affaires s’est révélée globalement bonne.

Si le degré des incertitudes dans le monde est élevé, rappelle Jean-Pascal Baechler, conseiller économique à la BCV, «les craintes de récession de l’économie mondiale ne se justifient actuellement pas». La raison? Un marché de l’emploi solide qui assure un des piliers de la croissance, la consommation. C’est également vrai dans le canton de Vaud, souligne Claudio Bologna, chef de projet à Statistique Vaud. Les entreprises vaudoises recrutent à un rythme supérieur à celui enregistré sur l’ensemble du pays. Au troisième trimestre par exemple, la progression se monte à 2,6% dans le canton et à 1,1% dans l’ensemble du pays. Une bonne nouvelle, résume-t-il, surtout que les embauches se poursuivent dans le secondaire, une situation qui ne concerne pas que la construction.

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Si les exportations semblent avoir calé cette année, notamment au deuxième trimestre, le mouvement est essentiellement dû à des effets statistiques du secteur de la chimie. Si l’on excepte cette branche, les ventes vaudoises à l’étranger ont ainsi progressé, explique-t-il encore.

«La demande intérieure continuera à nourrir la croissance économique vaudoise ces prochains mois». Claudio Bologna explique que même si le mouvement démographique se stabilise dans le canton, il reste dynamique avec quelque 6800 nouveaux habitants par an, soit une progression de 0,8%. Un rythme en voie de normalisation après les pics des années 2014-2017. «Alors, la croissance avoisinait 1,5%, un taux qui impliquait un doublement de la population en 47 ans contre 87 ans pour un taux de 0,8%».

 

D’une branche à l’autre

Construction

L’emploi a été le premier bénéficiaire de cette année souriante qui s’est déroulée dans un climat apaisé, note en résumé Frédéric Burnand, responsable de la communication de la Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE). À fin octobre, la branche employait 29 214 personnes, soit 1118 de plus que l’année précédente. Un chiffre jamais atteint en dix ans. Pour les trois prochains mois, les engagements devraient fléchir pour des raisons saisonnières, mais aussi en raison du ralentissement des entrées de commandes. Ceci dit, les demandes de permis de construire, que ce soit pour de nouvelles constructions ou des rénovations, restent stables à environ un millier par trimestre.

La branche se dit optimiste pour 2020 malgré la stagnation des nouveaux projets. Les raisons? La croissance démographique se poursuit et la demande en infrastructures ne faiblit pas. S’il fallait relever un point sombre à ce tableau, ce serait le fait que «les rénovations ne décollent pas malgré les subventions et les appels répétés de l’État pour favoriser ce type de travaux».

Industrie

Après une année 2018 record, 2019 s’est avérée plus mitigée dans l’industrie. Mais toutes les branches n’ont pas la même perception de la situation des affaires. Ainsi, 20% des sondés jugent la situation actuelle bonne et 20% mauvaise. L’électronique, optique et précision est la branche qui fait la course en tête, une tendance forte depuis 2017. En revanche, la métallurgie ferme la marche. La chimie reste celle qui se vend le mieux à l’extérieur avec 37% des exportations vaudoises. L’insuffisance de la demande constitue un obstacle significatif à la production par près d’un industriel sur deux, explique Mathias Pasquier, chef de projet au Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI) du Canton. Le taux d’utilisation des capacités reste néanmoins historiquement élevé.

Vu les incertitudes à l’extérieur des frontières, les industriels sont partagés pour les mois à venir, mais la confiance demeure. S’il fallait une preuve, elle se lit dans les prévisions concernant les effectifs. Ils sont plus nombreux à vouloir engager qu’à vouloir réduire leurs équipes.

Hôtellerie-restauration

Bonne année également dans l’hôtellerie et la restauration où le volume global d’activité est en hausse. Les ressentis sont également positifs lorsqu’il s’agit d’évoquer les chiffres d’affaires et la situation bénéficiaire, relève Florence Wargnier, chef de service à l’Office du tourisme du canton de Vaud (OTV). Comme dans d’autres branches, la situation vaudoise s’avère meilleure que celle enregistrée dans l’ensemble du pays. C’est vrai pour l’hôtellerie, qui a notamment bénéficié de l’effet Fête des Vignerons. Les nuitées ont ainsi progressé de 4,7% cet été contre 2,45 au niveau suisse. Une progression qui s’explique tant par les visites domestiques que celles étrangères.

Pour les mois à venir, hôteliers et restaurateurs parlent de croissance plus plate dans un contexte global empli d’incertitudes. Mais la croissance de la demande suisse, qui constitue désormais 45% des nuitées, joue un rôle stabilisateur important. Le canton devrait également bénéficier tant des programmes d’impulsion lancés par Suisse Tourisme que des manifestations d’envergure qui se dérouleront en Pays de Vaud. À commencer par les Jeux olympiques de la Jeunesse qui commencent le 9 janvier prochain ou encore les Championnats du monde de hockey en mai, voire les Mondiaux de cyclisme sur route en septembre.

Commerce de détail

Même dans le commerce de détail souffle un vent d’optimisme. 86% des détaillants jugent la marche de leurs affaires de satisfaisante à bonne. Une fois encore, la situation vaudoise s’avère meilleure que celle du reste du pays, souligne Tomé Varela, secrétaire général de la Société coopérative des commerçants lausannois. En observant la branche de plus près, les petits détaillants et les magasins non spécialisés voient leurs ventes stagner. Les grandes surfaces parlent d’augmentation et les entreprises de taille moyenne de diminution. Une différentiation que l’on retrouve tant au niveau bénéficiaire que de l’emploi.

Alors qu’approche 2020, les détaillants restent positifs et devraient engager du personnel, à l’exception, là encore, des enseignes de moyenne taille. S’il y a, certes, l’effet des Fêtes de fin d’année, période qui leur est propice, la confiance est toutefois supérieure à celle affichée l’an dernier à pareille époque. Et nombre de commerçants vaudois devraient aussi profiter des manifestations à venir, notamment des JOJ.

Services

Pour les services, l’année a commencé au creux de la vague. La grande majorité des secteurs ont observé un redressement de leurs affaires au cours de 2019, à l’exception de l’informatique, constate Albin Baptista, président du Groupement romand de l’informatique (GI). Il constate généralement que les conditions-cadres se sont améliorées, que l’accès au financement est facilité et que la demande est en hausse, ce qui est de bon augure pour l’année qui arrive.

Les acteurs du secteur des services se disent relativement optimistes pour 2020. En fait, surtout pour la première partie de l’année. Mais un nuage se renforce: les difficultés croissantes à trouver du personnel qualifié. C’est notamment vrai dans un domaine clé pour la compétitivité de l’économie vaudoise: la digitalisation des entreprises. Nous devons pouvoir accompagner les entreprises afin qu’elles puissent se numériser à temps, ajoute Albin Baptista, «or, il est toujours plus difficile de recruter ici les personnes capables de les aider dans cette démarche». Et pour illustrer ce manque, il s’appuie sur des chiffres nationaux. Le secteur ICT emploie quelque 200 000 personnes en Suisse, chaque année le renouvellement concerne 5% des effectifs, soit 10 000 personnes. Or, la Suisse en forme 3000 par an. Et là, ajoute-t-il, on ne parle même pas des nouveaux besoins.

Anne Gaudard, rédactrice, BCV

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