Le ciel de l’économie vaudoise se dégage pour 2018

La situation s’améliore dans le secteur hôtelier qui voit bénéfice et chiffre d’affaires progresser en 2017.

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Dans le canton06 décembre 2017

Le ciel de l’économie vaudoise se dégage pour 2018

Après des débuts difficiles, 2017 a finalement «déçu en bien». Et l’année qui s’ouvre devrait permettre aux économies mondiales, suisses et vaudoises de poursuivre sur leur lancée. Dans le canton et dans la plupart des branches, les entrepreneurs se montrent optimistes.

Des perspectives plutôt réjouissantes. Ici et ailleurs. Les qualificatifs positifs se succèdent presque de manière surprenante. Et pourtant les chiffres sont là: en 2017, l’économie mondiale a fait mieux qu’attendu. Une croissance de qualité et synchronisée entre les principales économies de la planète. Un mouvement qui a eu des répercussions jusqu’en Suisse, jusque dans le canton de Vaud.

Une croissance mondiale synchronisée

Une croissance solide, une inflation maîtrisée et des politiques monétaires toujours accommodantes: l’alignement astral de l’économie mondiale était quasi parfait en 2017. Les investisseurs l’ont noté et les marchés ont vécu une année de progression presque constante. Et en 2018? Les prévisions économiques sont toujours bonnes, même si l’alignement ne sera pas forcément aussi parfait. Mais cette nuance aura davantage d’influence sur les bourses que sur l’économie. La croissance mondiale devrait à nouveau avoisiner 3,5% durant l’année qui vient.

 

Croissance mondiale en 2018: +3,5%

 

Après la bonne surprise de 2017 (2,3%), la zone euro devrait poursuivre sur sa lancée et dépasser à nouveau les États-Unis – plus avancés il est vrai dans leur cycle économique. Autres bonnes nouvelles? Les acteurs économiques ont un moral d’acier aux États-Unis – même dans l’industrie – et ils ont retrouvé goût à l’investissement. En zone euro, le marché de l’emploi poursuit sa progression et les conditions d’emprunt s’améliorent.

Et les taux?

Aux États-Unis, la politique restera accommodante, car même si la Réserve fédérale (Fed) relève encore ses taux – au moins une fois durant le premier semestre –, ils resteront inférieurs à ce qu’ils devraient être au vu du rythme de croissance.

En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) tient à maintenir sa politique de relance. Même si elle injecte moins de liquidités, elle le fera plus longtemps, soit au moins jusqu’en automne 2018. Mais, comme la Fed, elle gardera un œil attentif sur l’évolution des pressions inflationnistes.

La Banque nationale suisse (BNS) ne devrait pas évoquer l’an prochain la fin des taux négatifs. Elle qui reste grandement dépendante désormais des décisions de la BCE. La BNS poursuivra, si besoin est, ses interventions pour éviter le renforcement excessif du franc. Une politique qui ne devrait pas changer au vu du faible différentiel de rendement entre les emprunts de la Confédération et le Bund allemand.

La Suisse, un peu à la traîne

La bonne tenue de la croissance mondiale – et de la zone euro, premier partenaire commercial de la Suisse – s’est finalement répercutée entre Alpes et Jura. Les exportations ont rebondi et les indicateurs avancés indiquent de belles perspectives pour les trimestres à venir. Même la production industrielle a fortement progressé en cours d’année. A croire que l’on en a oublié le franc fort. Il est vrai qu’il s’est quelque peu affaibli durant la seconde partie de l’année.

Tout est réuni pour que, à leur tour, les investissements progressent. Autre composante importante du PIB, la consommation devrait, elle, bénéficier d’un marché du travail tourné vers l’embauche. Elle demeure cependant quelque peu en retrait. En cause: un pouvoir d’achat des ménages sous pression et une immigration moins importante que durant les années qui ont suivi la crise financière.

Après un petit 1% en 2017, la croissance suisse devrait se rapprocher de 2% en 2018. Un bond qui exprime un vrai mieux, même s’il doit être atténué par des révisions de méthodes statistiques.

Un canton toujours dynamique

Les années «franc fort» ne sont-elles qu’un souvenir? Même si la parité euro-franc devrait peiner à repasser la barre de 1,20 franc pour un euro, les indicateurs économiques vaudois semblent souligner qu’une page est en train de se tourner. Le bond des exportations en est un exemple. Le marché de l’emploi et le solde migratoire tendent en outre à confirmer que le «canton reste attractif», comme le souligne Marc-Jean Martin de Statistique Vaud en marge de la présentation des perspectives 2018 de la Commission Conjoncture vaudoise*.

Comme la Suisse, le canton bénéficie de la solide croissance mondiale. Et ce qui s’est avéré en 2017, devrait encore l’être en 2018. Les acteurs sont d’ailleurs globalement optimistes.

 

PIB vaudois en 2018: +2,1%

 

  • Presque toutes les branches de l’économie vaudoise entrevoient une poursuite de l’amélioration pour l’année qui vient, même le commerce de détail où les difficultés demeurent pourtant importantes. «La situation est affreuse, mais moins pire que les deux années précédentes», relève Helena Druey, secrétaire générale de la Société coopérative des commerçants lausannois. Un climat difficile en raison non seulement du franc, mais aussi – et surtout – du bouleversement structurel qui touche la branche. «Les commerçants qui ne se réinventent pas sont appelés à disparaître», ajoute-t-elle. Et même si «le client cherche le rabais plutôt que le produit», ce ne sont pas les soldes qui vont sauver les points de vente, constate-t-elle. Elle ne peut que souligner que certains secteurs du commerce de détail s’en sortent mieux que d’autres, comme les loisirs et les magasins spécialisés.
  • S’il est une branche qui profite, elle, pleinement du virage de la numérisation, c’est bien l’informatique. Le moral y est au beau fixe. «C’est cette année que tout a basculé, relève Albin Baptista, président du Groupement romand de l’informatique (GRI). Car si la digitalisation était surtout une préoccupation de geek, désormais l’ensemble des acteurs de l’économie a pris conscience de la nécessité de s’adapter aux nouveaux modes de consommation».
  • Comme d’autres secteurs des services, l’informatique pâtit cependant du manque de main-d’œuvre, c’est même le principal souci de la branche. Or, poursuit Albin Baptista, «dans les services, manquer de main d’œuvre, c’est manquer de matière première». Il craint ainsi que les entreprises ne puissent répondre à la hausse de la demande.
  • Autre branche qui voit son horizon se dégager: l’industrie. Si le début d’année s’est avéré difficile, le climat des affaires a fondamentalement changé en cours d’année. Même les prix de vente ont relevé la tête en fin d’exercice. Les carnets de commandes se remplissent et le point de vue des employeurs a changé sur le marché du travail. «Jamais depuis 2015, le pourcentage d’entrepreneurs qui envisagent une nouvelle diminution des emplois n’a été si faible», se réjouit Mathias Paquier, du Service de la promotion économique et du commerce (SPECo). Malgré ces perspectives, les industriels se montrent prudents pour demain. Chat échaudé…
  • Les hôteliers et restaurateurs semblent aussi craindre que l’histoire ne se répète. Si le président de l’Association romande des Hôteliers, Philippe Thuner, peut comprendre le pessimisme des restaurateurs, il peine à saisir celui des hôteliers. Car la situation s’améliore dans ce secteur. Bénéfice et chiffre d’affaires ont progressé en 2017. Mais il est vrai que des écarts demeurent entre plaine et montagne, entre les hôteliers qui bénéficient d’un tourisme d’affaires tonique et ceux qui doivent beaucoup compter sur les vacanciers et la météo.
  • Quant à la construction, elle a également vu sa situation s’améliorer en cours d’année et une brise d’optimisme continue de souffler sur la branche. Fortement sous pression, les prix ont enregistré une légère amélioration.

Et les économies suisses et vaudoises d’espérer que les autorités chinoises continuent de maîtriser le ralentissement de leur économie, que l’inflation ne s’emballe pas aux États-Unis et que la zone euro ne se laisse pas étourdir par la réalité du Brexit ou les élections italiennes.

Davantage d’informations sur le site de la Commission Conjoncture vaudoise.

*La Commission Conjoncture vaudoise regroupe la BCV, la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, le Service de la promotion économique et du commerce, Statistique Vaud, les milieux touristiques (Office du tourisme du canton de Vaud, Association Romande des Hôteliers, Gastrovaud), de la construction (Association cantonale vaudoise des installateurs-électriciens, Association vaudoise des installateurs de chauffage et ventilation, Fédération vaudoise des entrepreneurs et Fédération vaudoise des maîtres ferblantiers, appareilleurs et couvreurs), du commerce de détail (Société Coopérative des Commerçants Lausannois et le Trade Club Lausanne) ainsi que des services (Groupement Romand de l’Informatique et l'Ordre Vaudois d’EXPERTsuisse).

Réalisées avec le soutien du Centre de recherches conjoncturelles de l'EPFZ (KOF), les enquêtes conjoncturelles de la Commission Conjoncture vaudoise ont pour objectif de dégager les tendances actuelles et futures de la conjoncture dans 5 secteurs importants de l'économie vaudoise: industrie, construction, hôtellerie-restauration, commerce de détail et services. Les différents indicateurs sont calculés par la méthode des soldes, à savoir la différence entre les pourcentages d'avis positifs et négatifs. L'indice synthétique de la marche des affaires utilisé pour le secteur de l'industrie regroupe quant à lui la moyenne des résultats de trois indicateurs (carnets de commande, production et situation des affaires). La Commission publie aussi un indicateur avancé de l’emploi, également réalisé en collaboration avec le KOF et permettant une appréciation des perspectives sur le marché vaudois du travail.

Anne Gaudard, rédactrice BCV

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