Modérée par François Egger, la table ronde a réuni (de gauche à droite) Helene Budliger Artieda, Secrétaire d'État à l'économie, Dr. Rahul Sahgal, CEO de la Swiss-American Chamber of Commerce, et Jean-Pascal Bobst, CEO de Bobst Group.

Entreprises 4 septembre 2026

Commerce international: comment faire face à la nouvelle donne

Le Rendez-vous des CFO de la BCV, qui s’est tenu le 26 août dernier au Millenium à Crissier, a offert perspectives, conseils et repères face à un environnement économique marqué par les incertitudes géopolitiques.

«En 2026, le commerce est devenu politique, l’économie est devenue géopolitique», a souligné François Egger en introduction du Rendez-vous des CFO, manifestation organisée par la BCV. Une manière, pour l’animateur de la journée, de rappeler l’électrochoc causé par l’annonce, en été 2025, de droits de douane de 39% pour les produits suisses exportés aux États-Unis, mais aussi l’incertitude et le flou qui règnent depuis autour du taux définitif applicable. L’enjeu est de taille. Devant un parterre de responsables financiers d’entreprises vaudoises, Pascal Kiener, CEO de la BCV, a rappelé qu’un franc sur trois en Suisse provenait des exportations (sans tenir compte des métaux précieux et de l’or) et qu’un cinquième des exportations vaudoises étaient destinées aux États-Unis. Ainsi, les conflits géopolitiques et les droits de douane se placent au premier rang des préoccupations des chefs d’entreprise, a relevé Andreas Diemant, directeur général de la division Entreprises de la BCV.

Stabilité en vue

Comment s’en sortir en tant qu’entreprise? Déréguler, produire plus, attendre? Helene Budliger Artieda, Secrétaire d'État à l'Économie, a d’abord fait souffler un relatif vent d’optimisme. Dans ces équilibres en plein bouleversement, «la Suisse est bien positionnée». Elle a rappelé que le marché le plus important pour les entreprises helvétiques restait l’Union européenne «où les règles du jeu sont claires». Et Helene Budliger Artieda a appelé à saisir l’opportunité de stabiliser et de développer davantage les relations avec l’Union européenne au moyen du paquet Suisse–UE (Bilatérales III). Quant à la négociation avec les États-Unis, la Secrétaire d'État reconnaît que cela tend vers l’apaisement. Selon elle, la déclaration commune (joint statement) offrant à la Suisse un taux à 15% à terme devrait offrir une «certaine stabilité.»

Pascal Kiener, CEO de la BCV

Et si certaines entreprises dépendent du marché américain pour une grande partie de leur chiffre d’affaires, Helene Budliger Artieda a aussi souligné que l’économie suisse restait très ouverte, rappelant la récente optimisation de l’accord commercial avec la Chine, vécu comme un succès. «Nous sommes un ‘middle power’ qui veut s’entendre avec tout le monde. Nous avons créé des liens, nous discutons et sommes appréciés pour cela», a affirmé la Secrétaire d’État. Qui a cependant souligné l’urgence pour la Suisse de lutter contre les réglementations, toujours plus importantes pour les entreprises.

Mais jusqu’à quand cette posture de ‘middle power’ appréciée de tous est-elle tenable? En particulier dans un environnement de guerre commerciale, où choisir son camp risque de devenir la règle. C’était l’objet de la discussion qui a réuni aux côtés d’Helene Budliger Artieda, Rahul Sahgal, CEO de la Swiss-American Chamber of Commerce, et Jean-Pascal Bobst, CEO de Bobst Group.

Andreas Diemant, directeur général de la division Entreprises de la BCV

La fin du libre-échange?

Pour ces deux derniers intervenants, la Suisse s’est quelque peu «endormie» sur sa «dépendance» au marché américain. Un «marché de consommation XXL, qui ne se remplace pas du jour au lendemain», a rappelé François Egger. Plus généralement, les trois spécialistes constatent «la fin d’une ère de libre-échange». Et Helene Budliger Artieda de citer en exemple: «L’UE elle-même développe des plans de sauvegarde, notamment pour l’acier».

Dans ce contexte, Jean-Pascal Bobst reconnaît qu’il faudra «à un moment donné» disposer «de capacités de production en Amérique», pour limiter les risques. «Il faudra plus de régionalisation», a estimé, pour sa part, Rahul Sahgal, rappelant que le libre-échange, jusque-là, ne bénéficiait pas à tous les pays. «Le commerce mondial a été diversifié, il va continuer à se redistribuer».

Pour la Secrétaire d’État, «les accords bilatéraux sont le futur», et positionner la Suisse sera d’autant plus crucial. En ce qui concerne les secteurs stratégiques, comme la pharma, la défense, les semi-conducteurs ou les logiciels pour drones, a relevé Rahul Sahgal, il faut déjà «choisir son camp». Soit décider de vendre ses produits à une puissance, les États-Unis, et accepter que dans ce cas, l'accès au marché du rival chinois ne soit plus possible. Mais l'enjeu reste d’éviter que cette guerre commerciale ne s’étende à tous les secteurs. Dit plus concrètement, il s’agit «de ne pas perdre un marché de 1,4 milliard de personnes, la Chine, pour des produits non stratégiques, comme les fromages, montres, machines-outils, etc.», a précisé Helene Budliger Artieda. Qui estime tout aussi essentiel de réussir à rappeler les intérêts suisses aux voisins européens, lorsqu’ils établissent de nouvelles règles.

Helene Budliger Artieda, Secrétaire d'État à l'Économie

Qualités suisses

Dans ce nouvel environnement aux règles du jeu changeantes – parfois non respectées–, l’agilité, la rapidité, le pragmatisme et, surtout, la capacité de se parler vont devenir prépondérants, ont constaté les trois intervenants. Des qualités très suisses, qui se sont retrouvées en fin de manifestation dans le témoignage, riche en anecdotes, de Frank Giovannini, chef triplement étoilé de l’Hôtel de Ville de Crissier.

Avec une énergie communicative, le chef a partagé ce qui alimente sa passion. Un récit qui résonne avec les valeurs de nombreuses PME suisses: recherche quotidienne de l’excellence, humilité, soin des relations humaines, souci de la continuité. Des qualités importantes, qu’il s’agisse de négocier des accords stratégiques ou d’innover dans un environnement incertain.

Exporter en période de risques accrus

La manifestation s’est poursuivie avec plusieurs ateliers, qui ont permis aux participants et aux participantes de s’équiper pour affronter ce contexte incertain. Ils ont pu Anticiper les risques commerciaux avec Bastien Bovy (Switzerland Global Enterprise, S-GE), et Christian Hendriks (Swiss Export Risk Insurance - SERV).

Cet atelier a donné l’occasion, au moyen d’un exemple concret, de décortiquer tous les risques financiers, y compris cachés, lors d’une transaction stratégique à l’étranger. Et les spécialistes de l’accompagnement des entreprises à l’international ont insisté sur l’importance de se renseigner avant de se lancer sur un marché «à propos duquel vous avez peu de connaissance». Leurs organisations peuvent en effet «mettre en relief certains aspects»

Sur le front des devises, pour les entreprises exportatrices et importatrices, des solutions existent pour maîtriser leur risque de change. La palette est large afin de ne pas ajouter de l’incertitude à celle ambiante. Il peut s’agir de produits d’optimisation de couverture, comme des opérations liées à des instruments dérivés, ou de produits basés sur la fixation de cours à terme. Le choix dépend des flux monétaires avec les États-Unis, mais aussi du scénario économique de chaque entreprise.

Les personnes présentes ont pu non seulement faire le tour des risques de change et des solutions disponibles pour couvrir ces risques avec Jochen Dorn, responsable clientèle Devises à la BCV, mais aussi bénéficier de l’expérience du CFO de Ferton Group, Alain Siegrist, dans la gestion des risques liés aux devises.

S’il fallait retenir un message de cet atelier, ce serait d’exclure la notion «perdre ou gagner», pour se concentrer sur la manière de couvrir ses marges. Ainsi, il est important de déterminer, avant tout choix de couverture, quel niveau de risque l’entreprise peut supporter. Et lorsqu’il est question d’instrument, mieux vaut opter pour une stratégie que l’on comprend, que l’on peut expliquer et à laquelle on peut se tenir dans le temps.

Martin Dion propose de challenger vos équipes sur le niveau de sécurité en matière d’IA d’un cas d’usage. Posez-leur les questions suivantes:

Ce cas d'usage dispose-t-il de données structurées, d'une règle de décision claire et d'un responsable métier nommé? Ces trois éléments distinguent-ils les pilotes financés des projets abandonnés? Quelle est notre exposition si notre fournisseur suspend l'accès sans préavis, et disposons-nous d'une solution de repli, d’un accord de niveau de service (SLA) contractuel, d'une clause de sortie et d’une garantie de portabilité de nos données? Ce système relève-t-il de la catégorie à haut risque du règlement européen sur l'IA (EU AI Act), et sommes-nous prêts à démontrer notre conformité dès aujourd'hui et non à l'échéance? Qui peut mettre cet agent en pause en temps réel s'il commence à se comporter de manière inattendue? Cet accès est-il individuellement responsabilisé plutôt que partagé? Comment gérons-nous les droits d’accès et d’administration à notre SI (système d’information) et à nos agents?