L'autrice et activiste Camille Etienne et le président de l'International Sustainability Standards Board (ISSB), Emmanuel Faber, ont échangé sur la scène du Showcase d'E4S 2026, une discussion animée par Paola Cacault, responsable des opérations d'E4S.

Entreprises 23 septembre 2026

E4S Showcase 2026: des solutions pour reprendre la main

La manifestation du centre Enterprise for Society (E4S) dédiée à la transformation sociale et économique de notre monde a réuni plus de 850 personnes de multiples horizons mi-septembre. Reflets d’une réflexion grandeur nature sur les défis actuels.

S’il fallait résumer en une phrase le septième Showcase de E4S, ce serait «reprendre la main». Un credo entonné par nombre d’intervenants et d’intervenantes de la manifestation organisée mi-septembre, au SwissTech Convention Center de l’EPFL, par le centre de recherche et d’action créé par l’Université de Lausanne, l’EPFL et l’IMD, Enterprise for Society ou E4S, centre dont la BCV est partenaire.

Cette cuvée 2027 a réuni quelque 850 personnes actives dans la recherche, dans l’économie – privée et publique – et dans la société civile pour écouter, partager et réfléchir par petits groupes ou ensemble à comment transformer des idées en solutions dans une société en pleine mutation. Un chemin vers la quête d’impact qui a permis de mettre en exergue différents projets représentatifs de la ruche E4S – centre qui s’applique à traiter les défis de manière holistique. Et qui a aussi donné la parole à une riche brochette de spécialistes, représentants et représentantes de différents domaines d’activité et de recherche.

Se fédérer autour de l’IA

Reprendre la main notamment face à l’IA. L’intelligence artificielle a bien sûr traversé bien les présentations, tables rondes et autres workshops. Au cœur des hautes écoles lausannoises, son rôle dans la transformation du cursus académique ne pouvait être passé sous silence. La parole a notamment été donnée à Christophe Champod, recteur de l’UNIL, qui a évoqué le «tsunami» IA, dont la vitesse tranche avec le temps long de la capacité cognitive. L’IA, un outil qui remet en question l’essence même de l’alma mater. Alors que l’IA-anxiété se développe à la manière de l’éco-anxiété – n’est-on pas censé disparaître en 2030? –, il en appelle à une réforme pédagogique profonde, mais aussi à «reprendre la main» sur l’usage de l’IA. Une tâche qui devrait fédérer les hautes écoles notamment lémaniques pour travailler ensemble, en réseau.

Travailler en réseau, la Suisse sait le faire depuis longtemps et devrait continuer à le faire pour réformer le multilatéralisme, a relevé l’ancienne Conseillère fédérale, Micheline Calmy-Rey. Une idée qu’elle a étendue à la réglementation de l’usage de l’IA, en réfutant la seule solution de l’interdiction. Et d’en appeler à trouver des alliances nouvelles, si ce n’est plus possible dans le cadre de l’ONU.

Réinventer les décisions collectives

Il est vrai, a notamment souligné l’écrivain et réalisateur français, Cyril Dion, dans une vidéo envoyée pour l’occasion, que ce soit pour le climat, l’IA ou les tensions géopolitiques, «rien n’est insurmontable, on connaît les solutions.» À son tour, il a souhaité que l’on «reprenne la main», car les institutions ne sont pas taillées pour implémenter ces pistes nouvelles. Alors? Dans cet environnement de polycrise, il en a appelé à dépasser les systèmes en place, pour trouver comment décider collectivement, en d’autres termes pour réinventer la démocratie. Thème qu’il développe dans «Démocratie, maintenant!», son nouveau film.

Des normes pour mieux comprendre les risques

Reprendre la main face à l’évolution climatique. Des solutions ont côtoyé les constats lucides. Parmi les orateurs de la journée, Emmanuel Faber, ancien PDG de Danone, a confirmé l’installation de l’ISSB, International Sustainability Standards Board, à Genève, «un terrain de travail fécond pour nous». Il a rappelé le rôle de la finance dans l’économie, «l’oxygène» dont le système a besoin. Mais elle doit composer un «triptyque avec une politique publique engagée et la société civile», a-t-il ajouté lors d’un échange avec l’autrice et activiste, Camille Étienne.

Pour revenir à son engagement en tant que président de l’ISSB, il a expliqué l’importance de la standardisation des normes comptables, une manière d’améliorer l’information pour la prise de décision. C’est ce que fait l’IFRS, International Financial Reporting Standards (IFRS), pour les normes comptables que l’on peut qualifier de traditionnelles, et c’est désormais ce que fait l’ISSB pour les données financières liées au développement durable, a-t-il rappelé. Ces rapports ne visent pas à ajouter de l’info à l’info. Mais au contraire, a-t-il insisté, de trouver une manière simple d’exprimer la complexité.

Pour illustrer le besoin de ces informations et les risques qui peuvent leur être liés, qu’elles peuvent même cacher, il a relevé que cet été caniculaire avait été un stress test grandeur nature pour bon nombre d’entreprises. Elles ont ainsi pu mesurer leur exposition aux changements climatiques. Un exemple? Et de citer EDF, pour qui l’un des plus gros risques pour sa production d’électricité réside dans la température du Rhône, fleuve le long duquel sont construites plusieurs centrales nucléaires.

Exemples à l’appui

Reprendre la main. Au-delà des conférences et autres ateliers, les participantes et les participants au Showcase d’E4S ont pu déambuler entre les stands de plusieurs entreprises et start-up porteuses de solutions et emblématiques de l’écosystème de l’innovation.