Le retour de l’euro aux environs de CHF 1,20 reflète l'amélioration durable de l'économie européenne et mondiale.

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Marchés24 avril 2018

L’euro à CHF 1,20, le retour

Le 19 avril 2018, l’euro a refranchi le seuil de CHF 1,20 pour la première fois depuis le 15 janvier 2015. Un passage symbolique depuis l’abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse (BNS) début 2015. Le retour de l’euro aux environs de CHF 1,20 s’inscrit «dans un contexte d’amélioration durable de l’environnement économique en zone euro, mais aussi dans le monde», selon Fernando Martins da Silva, chef stratégiste et directeur de la Politique de placement de la BCV (lire communiqué ci-joint).

Et après?

Au-delà de son aspect psychologique, le seuil de CHF 1,20 pour un euro représente actuellement ce que l’on pourrait appeler un juste prix au vu de la parité de pouvoir d’achat. La notion est certes une valeur moyenne indicative, elle ne veut pas dire la même chose pour toutes les branches économiques. Elle permet cependant de tracer une limite entre une monnaie surévaluée et sous-évaluée par rapport à son environnement, ce qui correspond à que l’on peut effectivement acheter avec cette monnaie. Et où peut aller l’euro après ce seuil de CHF 1,20? Les conditions économiques ne plaident pas pour une forte appréciation de l’euro, il ne «devrait pas progresser beaucoup au-delà de CHF 1,20», souligne Fernando Martins da Silva.

La BNS observe

Au passage de ce seuil, la BNS a tout de suite averti qu’elle considérait l’environnement comme étant encore délicat et qu’elle allait poursuivre son observation attentive de la situation. Elle suit notamment les intentions de la Banque centrale européenne (BCE). Si la Réserve fédérale américaine a déjà procédé à plusieurs hausses de taux, la BCE n’a pas encore bougé. Il est vrai que l’économie européenne n’est pas au même stade de croissance que son homologue américaine, qui a une longueur d’avance. Actuellement, la BCE garde un œil attentif sur l’évolution des prix. Proche de 2% aux États-Unis, l’inflation reste faible dans la zone euro. Les taux directeurs européens ne devraient ainsi pas être relevés avant la fin de l’année, voire le début de l’an prochain.

Le franc, une valeur refuge?

Alors que les taux longs remontent, portés par la bonne conjoncture mondiale, les rendements sur le franc restent faibles. La rémunération du franc n’est plus adaptée au risque financier perçu, rappelle en substance Fernando Martins da Silva. Et de poursuivre: il n’est donc plus attrayant par rapport à d’autres classes d’actifs. Le cours de change actuel euro-franc met en évidence une phase du cycle économique dans laquelle la notion de valeur refuge est peu valorisée.

La normalisation des politiques monétaires de la part des principales banques centrales est un facteur d’incertitude pour les marchés, et notamment pour les marchés des devises. Par ailleurs, l’économie mondiale risque toujours de subir les conséquences de tensions géopolitiques, à commencer par les menaces protectionnistes.

Anne Gaudard, rédactrice, BCV

Histoire d'un taux plancher

Le taux plancher avait été introduit en septembre 2011 dans le but de contrer la force du franc. En pleine crise de la zone euro, la monnaie suisse avait subi en plein son rôle de valeur refuge. Le franc s’était fortement renforcé face à l’euro, suscitant des craintes pour la stabilité des prix et la croissance dans le pays. La BNS avait alors fait part de toute sa «détermination requise» pour faire appliquer ce taux plancher. Ce qui signifiait qu’elle était prête à acheter en quantité «illimitée» des devises. En précisant en outre que, «même à un franc vingt pour un euro, notre monnaie reste à un niveau élevé».

Anticipant un mouvement de la BCE visant à soutenir l’économie de la zone euro, le 15 janvier 2015, la BNS avait soudainement abandonné le taux plancher. Le franc s’était alors fortement apprécié, provoquant un choc notamment dans les milieux exportateurs ou touristiques suisses. Elle avait accompagné sa mesure d’abaissement des taux d’intérêt et de la poursuite de ses interventions sur les marchés des devises. Alors que l’économie suisse avait mieux récupéré de la crise de 2008 que la zone euro, elle a alors ralenti, sans toutefois traverser la récession que d’aucuns prédisaient au soir du 15 janvier.

Depuis, la croissance est revenue en zone euro et l’an dernier, elle était même supérieure à la croissance américaine (2,5% contre 2,3%). L’économie européenne bénéficie d’une amélioration du marché de l’emploi, de la consommation des ménages et bien sûr de la solide reprise de l’économie mondiale. Le tout soutenu par une politique monétaire très accommodante de la BCE.

 

Pour en savoir plus:

L’affaiblissement du franc. Analyse et commentaire de Fernando Martins da Silva, chef stratégiste, BCV (pdf)

Comment se protéger contre les fluctuations monétaires quand on est entrepreneur? Le point avec Nicolas Baudet, responsable Clientèle Devises, BCV (vidéo) 

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