Le 15 janvier 2015, le pilotage du chaos a finalement signifié dans la salle des marchés de la BCV: «lâcher les commandes et analyser la situation. Avec le recul, on a eu aussi un peu de chance», a relevé Éric Vauthey lors du Forum de l’économie vaudoise le 5 septembre.

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Entrepreneurs14 septembre 2018

Cadrer les risques à défaut de pouvoir les éviter

Piloter le chaos. Le thème du 26e Forum de l’économie vaudoise a dû renvoyer nombre d’entrepreneurs présents à des situations vécues. Comme le 15 janvier 2015 et l’abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse. Se préparer en se dotant d’une politique de couverture de change correspondant à ses besoins est une manière d’affronter le chaos.

C’était le 15 janvier 2015. Il était à peine plus de 10h30. Un jour comme les autres dans la salle des marchés de la Banque, lorsque soudain tous les écrans virent au rouge. La Banque nationale (BNS) vient de communiquer qu’elle abandonnait le taux plancher de CHF 1,20 pour un euro. Les opérateurs sur le marché des devises se souviendront longtemps de ce jour. C’est cet exemple qu’a pris Éric Vauthey, directeur de la Salle des marchés de la BCV, pour illustrer le thème du 26e Forum de l’économie vaudoise «piloter le chaos», dont il était un des intervenants.

A l’heure où les algorithmes fixent les prix et contrôlent les risques, comment se gère un tel événement? «Les machines ont continué à fonctionner normalement, sans réfléchir, sans intuition. Elles n’étaient pas programmées pour faire face à une situation anormale». Les hommes, eux, ont vite saisi ce que le communiqué de la BNS signifiait. «Les traders ont vécu une vingtaine de minutes en apnée». En fait, le pilotage du chaos a finalement signifié dans ce cas précis: «lâcher les commandes et analyser la situation. Avec le recul, on a eu aussi un peu de chance».

Impossible de tout prévoir

L’exemple montre une fois encore que «l’on ne peut pas tout prévoir», mais «qu’il est nécessaire de cadrer les processus de gestion des risques afin de limiter l’effet de surprise et les mauvaises interprétations». Ces cas extrêmes démontrent aussi qu’il est indispensable «de bien comprendre le rôle de chacun et la complémentarité du couple inséparable que forment l’homme et la machine».

Ce 15 janvier n’a pas laissé des traces que dans l’esprit des traders en devises. Nombre d’acteurs économiques suisses s’en souviennent. Car beaucoup ont constaté qu’ils avaient agi «au mieux», ce qui signifie souvent de manière identique «à ce qu’ils avaient fait par le passé». Depuis, certains ont revu leur gestion des risques de change, ont mis en place des processus pour «ne pas être pris à contre-pied lors d’un nouvel emballement des marchés». Certes, «un choc comme le 15 janvier n’est pas la norme, mais la volatilité, que ce soit sur le marché des devises ou des taux d’intérêt, devrait non seulement perdurer, mais se renforcer», a souligné Éric Vauthey.

Possible de se protéger

Comment se protéger en tant qu’entrepreneur? «Une politique de couverture de risque de change se construit d’abord par la définition de critères de couverture ainsi que de la stratégie à adopter selon ses contrats fermes, ses ventes en monnaies étrangères, etc.». Il s’agit également d’intégrer son appréciation des flux monétaires à venir. Elle implique ensuite de choisir «les meilleurs instruments de couverture en fonction de votre budget, de la marge de manœuvre pour le financement de cette stratégie et, bien sûr, de votre vision du marché». En d’autres termes: votre stratégie dépendra aussi de votre conviction quant à l’évolution d’une monnaie et de l’analyse de son impact sur vos affaires.

Anne Gaudard, rédactrice BCV

Plus d'informations sur la couverture des risques de change sur le site de la BCV

A consulter également la vidéo "Ne pas se couvrir, c'est prendre un risque"

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