Le non à l'initiative "Pas de Suisse à 10 millions" évite des frictions supplémentaires avec les partenaires commerciaux de la Suisse.

Marchés 15 juin 2026

«Pas de Suisse à 10 millions», un non avant le rendez-vous avec la BNS

La décision populaire évite des frictions supplémentaires avec ses partenaires commerciaux à une économie suisse qui croît de manière soutenue, mais en dessous de son potentiel. Elle n’aura pas d’influence sur la décision de politique monétaire attendue cette semaine.

Les Suisses et les Suissesses ont refusé, le 14 juin, l’initiative dite «Pas de Suisse à 10 millions» qui visait à limiter la croissance démographique d’ici à 2050. En cas d’acceptation, le Conseil fédéral et le Parlement auraient dû prendre des mesures pour réduire l’immigration et dénoncer un certain nombre d’accords internationaux liés à la libre circulation des personnes et à l’Union européenne (UE). Pour rappel, à fin 2025, le pays comptait environ 9,1 millions d’habitants.

Croissance soutenue

La campagne a notamment porté sur la croissance économique du pays et ses défis à long terme. Actuellement, la Suisse peut compter sur une croissance soutenue, même si inférieure à sa moyenne historique, et sur une inflation sous contrôle, en raison notamment de la force du franc. L’activité bénéficie de la productivité croissante de la main-d’œuvre, d’un positionnement favorable sur la chaîne de création de valeur qui lui permet de compenser les coûts à l’exportation, de finances publiques relativement saines ainsi que d’un solde migratoire positif.

Tendance favorable

Au premier trimestre de cette année, selon les derniers chiffres publiés par le Secrétariat d’État à l’Économie (SECO), le PIB a progressé de 0,4%. Un résultat qui montre un affaiblissement de la demande intérieure et des services, mais une résilience de certaines branches industrielles. Au deuxième trimestre, la tendance reste favorable. Le baromètre conjoncturel du KOF se redresse. Quant aux indices avancés des directeurs d’achats (PMI), ils ont atteint en mai des niveaux inédits depuis près de quatre ans, tant dans les services que dans l’industrie (voir graphique). Le commerce extérieur résiste, mais il reste sous la menace de nouveaux droits de douane américains ou d’un prolongement des tensions au Moyen-Orient.

Économie suisse: indices des directeurs d'achats et baromètre du KOF bien orientés

Dans ce contexte, le «non» obtenu dans les urnes le 14 juin évite à la Suisse des frictions supplémentaires avec ses partenaires commerciaux, en premier lieu avec l’UE qui demeure le premier d’entre eux. Les obstacles à la conclusion des accords en cours de négociation avec l’UE ne sont cependant pas tous levés.

Les fondamentaux demeurent bons sur les marchés

À court terme, l’issue de la votation ne vient pas influencer les bons fondamentaux du marché suisse des actions, dont les composantes sont particulièrement tournées vers l’exportation (voir graphique). Elle lève aussi l’hypothèque sur les segments de la cote essentiellement exposés à l'économie nationale, qui auraient pu être sensibles à un choc d’offre sur le marché du travail

Indice SPI: part des ventes domestiques des entreprises cotées

Statu quo monétaire attendu

Compte tenu d’une croissance résiliente et d’une inflation modérée, la Banque nationale suisse (BNS) se retrouve dans une situation relativement confortable. Elle devrait faire le choix du statu quo lors de sa réunion de politique monétaire cette semaine et maintenir tout au long de l’année son taux de référence à zéro.

Immobilier: fondamentaux solides

Quant à l’immobilier, il est soutenu par des fondamentaux solides en raison du déséquilibre entre offre et demande. En ce qui concerne l’immobilier indirect, le marché doit compter avec des valorisations élevées et un nombre important d’opérations d’augmentation de capital. Cela dit, le résultat de la votation du 14 juin ne lève pas toutes les incertitudes qui planaient récemment sur ce marché. D’ici à la mi-juillet devrait tomber le résultat de la consultation lancée par le Conseil fédéral à propos de son projet de révision de la Lex Koller visant à limiter la présence des investisseurs étrangers dans les véhicules d’investissements immobiliers suisses. Si elle devait entrer en vigueur, elle freinerait la demande et agirait de manière négative sur les valorisations.