La 20e édition des Rencontres avec la FIT de la BCV s’est tenue chez KPMG Lausanne (de gauche à droite): Julien Guex, directeur de la Fondation pour l’innovation et la technologie (FIT), Patrick Botteron, directeur Private Banking Centre de Compétences, BCV, Jérôme Crettol, fondateur DiploTools, Samuel Pogin, CTO Hafnova, Édouard Goupy, CEO Hafnova, Bilal AL-Darweesch, Growth Operator & Sales Specialist, Silex, Julie Bocquel, Head of impact, FIT, David Kappeler, Director & head of Investment, FIT.
L’IA transformatrice était au cœur des Rendez-vous avec la FIT - 20e du nom -, une manifestation organisée par la BCV et la Fondation pour l’innovation et la technologie (FIT) qui s'est arrêtée le 12 mai chez KPMG Lausanne. L’occasion pour plusieurs start-up qui métamorphosent les secteurs du droit, de la cybersécurité ou de la diplomatie, grâce à l’IA, de se présenter devant un parterre d’investisseurs et d’investisseuses.
Accueillis par David Oberson, associé chez KPMG Lausanne, les participants et les participantes ont pu suivre en introduction une présentation de Pierre-Luc Cantin, Partner chez KPMG Genève, à destination des start-up et des investisseurs, rappelant les étapes clés et les facteurs de succès pour l’introduction d’une entreprise en bourse. Trois à cinq ans d’anticipation sont nécessaires, et les coûts d’une introduction peuvent se chiffrer en millions de francs, a rappelé le spécialiste. Julien Guex, directeur de la Fondation pour l’innovation et la technologie (FIT), a, lui, rappelé aux participants et participantes l’existence de FIT Investors, une plateforme de mise en relation entre investisseurs et start-up. Puis, trois start-up, soutenues par la FIT à divers stades de leur développement, ont pu pitcher leurs solutions innovantes.
Bilal AL-Darweesch, Growth Operator & Sales Specialist, Silex.
Silex est une plateforme d’intelligence artificielle romande spécialisée dans le domaine juridique, conçue par des juristes pour répondre aux besoins spécifiques des avocats et avocates ainsi que des professionnels et professionnelles du droit. Elle regroupe loi, jurisprudence et doctrine, avec des mises à jour régulières. Cette solution veut en particulier «automatiser les tâches répétitives, qui occupent plus de 50% du temps des juristes», souligne Bilal AL-Darweesch, Growth Operator & Sales Specialist de Silex citant une étude de Thomson Reuters parue en 2024.
Comme de nombreux outils basés sur l’IA, l’objectif est de permettre aux professionnels «de se concentrer sur leur expertise». Sa cofondatrice, Kyriaki Bongard, avocate et chargée de cours à l’Université de Neuchâtel, s’est associée à l’expert en IA, Thomas Sèze, ingénieur spécialisé en machine learning, pour proposer une solution qui se veut plus fiable, précise et rapide que les IA généralistes. Ces dernières, pour environ un tiers d’entre elles, peuvent en effet contenir des «hallucinations» ou inventions pures et simples. Les données sont 100% suisses, les serveurs étant situés à Genève, l’historique est stocké localement et aucune utilisation des données de la clientèle n’étant possible.
Avec 800 clients et clientes et 2000 essais en cours, Silex affiche une croissance forte. Le nombre de personnes utilisant la plateforme a crû de 56% et de nouvelles fonctionnalités apparaissent «tous les trois mois», avance Bilal AL-Darweesch. L’abonnement coûte CHF 120 par utilisateur par mois. Dès 2026, l’entreprise lancera une solution unique en Suisse, SILEX SILO, permettant à chaque organisation utilisatrice d’intégrer ses bases de données internes cryptées anonymisées à l’outil. Une expansion en Europe est prévue pour 2027, aux États-Unis en 2028.
Edouard Goupy, CEO Hafnova.
Hafnova est une entreprise de cybersécurité, fondée en 2024 à Lausanne par une équipe de seniors du secteur, Édouard Goupy, Michael Vergoz, Samuel Progin et un white hacker. Cette start-up se concentre sur la protection en temps réel contre les cybermenaces, ceci grâce à l’IA. Elle cible notamment le phishing, «qui représente neuf attaques sur dix, dans un contexte où les infrastructures subissent une hausse de 300% des attaques depuis 2020», explique Édouard Goupy. Hafnova propose une solution proactive: bloquer les pages malveillantes avant même qu’elles ne touchent l’utilisateur, grâce à une protection intégrée au niveau du DNS (Domain Name System). Autrement dit, en cas d’absence de vigilance en présence d’un lien malveillant, «la page sera bloquée avant l’attaque», résume Édouard Goupy.
L’entreprise présente deux innovations majeures. Une base de données unique de 200 millions de liens malveillants, capable de répondre en quelques millisecondes, alimentée par des milliards de données issues de multiples sources. Et un système de labellisation et de classification des menaces, reconnu au niveau européen, qui rend Hafnova plus efficace que des compétiteurs majeurs.
La start-up s’adresse aux PME et organisations critiques, publiques ou privées, elle compte déjà des clients en Suisse, en Belgique et en France, dans les secteurs de la finance et de la santé. Avec un coût de CHF 100 à 200 par mois, Hafnova a séduit 20 000 utilisateurs en 2025 et dispose d’un important pipeline de projets, le tout «sans marketing, grâce à son réseau», souligne Édouard Goupy.
Jérôme Crettol, fondateur DiploTools.
DiploTools, se veut le «le SAP de la diplomatie», avance son fondateur, Jerôme Crettol. Il a lancé la start-up en 2023, alors qu’il observait de l’intérieur les limites des outils traditionnels (fichiers Excel, papier, solutions locales) utilisés par les diplomates. L’entreprise, qui dispose d’un advisory board prestigieux – Micheline Calmy Rey y figure notamment –, veut transformer la manière dont travaillent aussi bien les ministères des Affaires étrangères que les gouvernements et les organisations internationales.
DiploTools conçoit sa mission en trois volets. D’abord, permettre un gain d’efficacité, en automatisant des tâches répétitives pour gagner du temps et de l’impact. Ensuite, offrir de l’analyse, en exploitant les données publiques afin d’éclairer des décisions, et des transformations. Et enfin, moderniser les missions diplomatiques. «Les diplomates passent aujourd’hui la moitié de leur temps en reporting (…) Nous leur permettons un gain de temps dans la gestion de leurs enjeux quotidiens», explique en substance Jerôme Crettol.
DiploTools a notamment lancé Power Election, un outil dédié aux élections au sein des organisations internationales (Conseil de sécurité de l’ONU, Conseil des droits de l’homme, etc.). Chaque année, des dizaines d’élections y sont organisées, et les pays doivent décider pour qui voter, tout en menant des actions de lobbying. Avec Power Election, un processus de vote «qui prend 3 à 7 jours est réduit à 30 secondes», assure Jérôme Crettol.
Soutenue par la FIT depuis septembre 2024, DiploTools a déjà signé son premier contrat avec le ministère des Affaires étrangères norvégien et mène des pilotes avec d’autres structures. La start-up mise sur l’accumulation de données diplomatiques, sa connaissance du terrain et son réseau, l’image et le savoir-faire suisse dans le domaine. Pour le moment, DiploTools ne lève pas de fonds, mais le moment venu «nous rechercherons des investisseurs stratégiques capables d’apporter des réseaux au sein des gouvernements et des introductions auprès des décideurs clés», précise son fondateur.
Enfin, Patrick Botteron, directeur Private Banking Centre de Compétences de la BCV, a conclu cette soirée en soulignant les liens de longue date entre la Banque et l’innovation. «L’innovation est importante pour l’économie vaudoise et donc pour la BCV. Elle constitue un relais de croissance indispensable pour l’activité du canton. La Banque soutient la FIT et d’autres acteurs clés de l’écosystème vaudois de l’innovation. Elle a d’ailleurs participé à la création de ce dernier il y a plus de trente ans».
Par Camille Andres, pour la BCV