Implenia

Anton Affentranger, le CEO d’Implenia, ne le cache pas sa branche doit quitter la préhistoire en matière de gestion des processus organisationnels. La révolution numérique est en marche sur les chantiers.

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Entrepreneurs13 avril 2017

«Le secteur de la construction doit devenir efficace»

«Jamais, je n’aurais pensé il y a trois ou quatre ans qu’un jour je validerais un budget pour l’achat de drones». Et pourtant, Anton Affentranger, CEO d’Implenia, l’a fait. Pour expliquer pourquoi son entreprise utilise des engins qui, a priori, n’ont pas grand-chose à voir avec la construction, il prend l’exemple d’un chantier récent à Dagmarsellen (LU). Le leader suisse est parvenu à améliorer son efficacité de plus de 30% grâce aux images que le drone filmait la journée et qu’un logiciel analysait la nuit. Au matin, «l’équipe poursuivait le travail selon un plan ajusté des enseignements de la veille». L’élément-clé a été de sensibiliser les ouvriers aux avantages du processus, poursuit l’orateur invité du 5 à 7 de la finance organisé par la BCV, le 5 avril dernier.

«Jamais, je n’aurais pensé il y a trois ou quatre ans qu’un jour je validerais un budget pour l’achat de drones».

«La construction est aujourd’hui à la croisée des chemins». Les propos d’Anton Affentranger ont prouvé que, une fois n’est pas coutume, l’expression n’était pas galvaudée. Dagmarsellen n’est qu’un des exemples concrets des changements en cours dans un secteur qui a longtemps pensé en deux dimensions et qui doit aujourd’hui le faire en cinq. Alors, non seulement il engage des spécialistes de la numérisation, mais il doit aussi convaincre ses équipes de modifier en profondeur leur processus de travail.

L’exemple automobile

«La construction est le secteur le plus inefficace au monde», constate le CEO d’Implenia. Photos à l’appui, puisqu’il oppose un groupe d’ouvriers en train de balayer à la main un chantier et une chaîne de montage automobile entièrement robotisée. Pour Anton Affentranger, la solution passe par l’introduction dans son secteur des principes du lean management. Une méthode qui a fait ses preuves dans l’automobile. C’est d’ailleurs chez Porsche qu’il est allé chercher le responsable de son centre technique qui doit amener «l’excellence opérationnelle» au sein d’Implenia.

Nouveaux modèles d’affaires

«Dans la construction, ce n’est pas tant le fait de construire en lui-même qui doit changer, mais les processus», insiste-t-il. De nouveaux modèles d’affaires ont été identifiés en explorant les possibilités offertes par l’intelligence artificielle ou encore les imprimantes 3D. Alors qu’en Suisse 95% des chantiers se gèrent encore sur le papier, les modélisations en 3D, 4D ou 5D (trois dimensions plus le temps et l’argent) permettent d’intégrer en temps réel – ou presque –les changements. Elles permettent aussi d’observer les écarts entre les modèles et la réalité. Et donc de limiter les dépassements tant en argent qu’en temps. Il se souvient avoir vu en Californie un centre de gestion d’un chantier qui ressemblait à une salle des marchés ou à un cockpit où tous les métiers engagés intervenaient sur le modèle. Autre exemple de la nécessaire adaptation des entreprises du secteur: «en Norvège, vous ne pouvez participer à un appel d’offres public si vous n’êtes pas outillés en 5D», faute de pouvoir remplir les formulaires.

Mentalités à changer

Alors oui, les processus et la technologie doivent changer, mais les mentalités aussi, explique Anton Affentranger. Il évoque la nécessité de saisir les «cygnes noirs» qui passent, l’agilité nécessaire pour implanter ces changements, mais ce n’est pas tout, insiste-t-il. «Intellectuellement, on peut tout analyser, tout imaginer, mais l’intellect ne donne pas le mouvement, c’est la passion qui va donner l’élan capable d’entraîner le changement». Une autre manière de dire que les employés doivent devenir des acteurs du changement et non des freins. «Nous organisons à l’interne des séminaires, des concours pour faire entrer ces nouvelles approches dans les mœurs», raconte le CEO d’Implenia.

Ces mutations interviennent dans un environnement rempli d’opportunités. Car l’heure est à l’urbanisation et aux infrastructures. Que ce soit des constructions toujours plus complexes, comme ce tunnel de 123 km en Chine qui relègue le Gothard à un défi presque mineur. Ou les rénovations devenues indispensables puisqu’en Allemagne, un tiers des ponts ferroviaires a plus de 100 ans ou, qu’en Suisse, 50% des ponts et tunnels ont besoin d’un coup de neuf. Le marché suisse des infrastructures est d’ailleurs estimé à 14,7 milliards en 2017, 15,6 milliards en 2018 et 16,3 milliards en 2019. Et ce n’est qu’un exemple.

Pour Anton Affentranger, il n’y a pas de miracle, «si les collectivités publiques veulent pouvoir réaliser tous leurs projets, nous devons changer d’approche, de modèle d’affaires».

Anne Gaudard, Rédactrice BCV

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