Les produits ESG sont-ils suffisamment transparents et donc compréhensibles pour les investisseurs? La question était au cœur d’une table ronde organisée par PwC dans le cadre de Building Bridges à laquelle participait la BCV.

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Marchés03 décembre 2021

L'investissement responsable sur la route de la standardisation

Face à une demande croissante en produits durables et à l’urgence climatique, la place financière répond-elle de manière suffisamment compréhensible? La question était au cœur d’une table ronde lors de la semaine Building Bridges à Genève.

Les produits ESG sont-ils suffisamment transparents et donc compréhensibles pour les investisseurs? La question était au cœur d’une table ronde organisée par PwC dans le cadre de la semaine Building Bridges à laquelle participait la BCV. Récurrente tout au long de la manifestation genevoise consacrée à la finance durable, la problématique a notamment permis de souligner une fois encore le nœud du problème: la compréhension de ce que l’on entend par durable et les attentes qui en découlent.

Si aujourd’hui, 35% des fonds sont concernés par cette étiquette, «ils ne proposent pas tous la même chose, car ils n’ont pas tous le même objectif», a ainsi d’emblée souligné Angélique Chatton, en charge de la Responsabilité sociale d’entreprise (RSE) à la BCV. «Entre un investissement visant un impact positif dans la société et un investissement visant une meilleure gestion des risques, les approches sont différentes. Une différence qui peut être source d’incompréhension».

Capter les attentes

L’enjeu réside ainsi dans la capacité des institutions financières à capter les attentes de leur clientèle et de lui proposer une offre adéquate. «C’est la clé pour crédibiliser l’investissement socialement responsable» (ISR), a-t-elle ajouté. Et d’insister sur la nécessité de prévoir des outils ad hoc. Formulaires ciblés et autre formation du personnel sont ainsi des passages obligés pour les banques, qui plus est lorsqu’elles ont une vocation universelle. Côté produits également, la palette doit être la plus claire possible: de l’intégration des critères ESG dans l’offre par défaut aux fonds thématiques. D’où l’intérêt de partenariat avec des prestataires spécialisés, à l’image de celui réunissant la BCV et Ethos. «C’est un levier pour rendre les flux financiers plus durables».

Parmi les clients concernés, les institutions de prévoyance arrivent en bonne place, elles qui gèrent quelque CHF 1000 milliards en Suisse. «L’idéal serait de formaliser les attentes dans une charte», a expliqué Alexandre Pahud, président d’Avena, Fondation BCV 2e pilier. «Pour ce faire, il est essentiel de prendre le temps de décider de mesures qui soient acceptables pour tous, car cette charte doit survivre aux membres actuels du Conseil de fondation, elle concerne la retraite de nos assurés.» Une fois le cadre posé, il s’agit de s’assurer que la composition des portefeuilles réponde aux objectifs, en d’autres termes d’assurer un suivi des indicateurs.

Indicateurs à définir

Mais quel indicateur? Ou plutôt quels indicateurs? Les émissions de CO2, un impact calculé par la température du fonds? «Pour avoir une vue holistique, il est difficile de se limiter à un ou deux indicateurs. Ce serait trop réducteur, voire contre-productif», a relevé Angélique Chatton. À ses yeux, peut-être faut-il accepter de prioriser certains dossiers, comme est en train de le faire l’Union européenne avec sa taxonomie et ses exigences de reporting sur la dimension environnementale. «Si la qualité des données fournies par les entreprises s’améliore, le secteur financier sera mieux informé pour prendre ses décisions d’investissement», a-t-elle ajouté.

«Disposer de données vérifiables et comparables est nécessaire», a abondé Angela de Wolff, de Conser Invest. Aujourd’hui, «nous comptons plus de 5000 fonds dits durables sur le marché suisse, tous ne sont pas forcément sérieux». Afin de contourner le risque de greenwashing, «l’investisseur doit pouvoir comparer». Une tâche difficile qui passe par la compréhension de la stratégie du produit et de ses objectifs, puis par la comparaison entre le déclaratif et la composition du fonds. «Tout est souvent dans les nuances», a-t-elle averti en soulignant que «l’investisseur ne peut cependant pas faire l’économie d’une réflexion de ce qu’il veut et comment il veut y parvenir».

Transparence requise

Côté clientèle, la demande en indicateurs est grande. «Les membres du Conseil de fondation ne peuvent avoir les compétences d’un expert de la question climatique», a rappelé Alexandre Pahud en ajoutant qu’il existe également une problématique liée aux coûts induits par ce suivi. «La clé, c’est la confiance dans son dépositaire». Et plus largement «on attend de la place financière des produits fiables».

Face à l’émergence des labels, Angela de Wolff en appelle à davantage de transparence, car tous n’ont pas les mêmes approches. Un exemple? «En Europe, certains labels prennent en compte les entreprises en transition climatique, d’autres les excluent pour ne retenir que celles dont la transition est aboutie». Pas question cependant d’attendre l’outil parfait avant d’agir. Des pistes existent déjà sur la voie de la standardisation. Les autorités européennes avancent sur les questions de reporting, mais aussi de taxonomie. En Suisse, le reporting climatique obligatoire fait son chemin. Et de saluer la mutation des indicateurs financiers dans la bonne direction. Attention cependant, a-t-elle conclu, «à ne pas céder à la tentation du plus petit dénominateur commun à une solution simpliste en lieu et place d’une simplification».

Qu’est-ce que Building Bridges?

Initiative lancée en 2019 par la Suisse, les Nations Unies et d’autres partenaires de la communauté financière, la manifestation vise à accélérer la transition vers un modèle économique davantage aligné sur les objectifs de développement durable (ODD) définis par l’ONU. La 2e édition s’est tenue du 29 novembre au 2 décembre à Genève. Son nom provient de la nécessité, face à la complexité de la tâche, de construire des ponts entre les différents protagonistes impliqués que ce soit la finance, les gouvernements, les institutions internationales et autres composantes de la société.

Que retenir de la manifestation?

Plusieurs idées ont gagné en visibilité durant cette semaine de discussion.

  • Importance de poursuivre la collaboration au sein du secteur financier pour évoluer vers des standards et des méthodologies d’évaluation d’impacts, en particulier sur la question climatique.
  • Importance d’avoir des objectifs convergents au niveau de la place financière pour accélérer la transformation de l’économie réelle.
  • Importance de disposer d’un cadre pour la durabilité précisant les attentes envers les différents acteurs (entreprises, banques, gestionnaires d’actifs, caisses de pensions, etc.)
  • Importance d’investir dans la transition énergétique dans les pays en voie de développement et d’orienter les flux financiers vers les ODD, ce qui signifie ne pas se limiter à l’intégration des critères ESG.
    • La Suisse a d’ailleurs lancé la «SDG Impact Finance Initiative». Réunissant notamment le Secrétariat d’État à l’économie et plusieurs institutions financières, cette initiative vise à mobiliser jusqu’à CHF 1 milliard de capitaux privés afin d’obtenir des résultats mesurables dans les pays en développement. Le but: aider ces pays à atteindre les objectifs de développement durable (ODD ou en anglais SDG).

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