450 réacteurs sont opérationnels à travers le monde.

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Marchés15 avril 2019

Les déchets du nucléaire: un marché à plusieurs milliards

Au 1er janvier 2019, 450 réacteurs nucléaires étaient opérationnels à travers le monde. Ils produisaient ensemble environ 10% de l’électricité mondiale. 57 centrales nucléaires étaient également en cours de construction dans 16 pays. À cela viennent s’ajouter 147 réacteurs nucléaires planifiés et 337 réacteurs proposés.

Les impacts de Fukushima

Pourtant, après la catastrophe de Fukushima il y a huit ans, les inquiétudes sur la sécurité de l’énergie nucléaire ont poussé plusieurs pays à prendre leurs distances avec celle-ci. La Suisse et l'Allemagne ont ainsi décidé en 2011 d'abandonner le nucléaire, tandis que la Belgique, l'Italie ou encore l'Autriche confirmaient leur politique de renoncement à l'atome. La majorité des gouvernements ne remettent toutefois pas en cause l'utilisation de l'énergie nucléaire dans la production d'électricité. Tout au plus s'engagent-ils, à l'instar de Paris, à en réduire la part.

Un nombre considérable de réacteurs devraient être désaffectés vers 2030, ce qui pourrait faire chuter la capacité nucléaire du parc mondial de plus de 10% d'ici cette date, selon l'hypothèse basse de l'agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le parc nucléaire pourrait notamment décroître de près d'un tiers en Europe et en Amérique du Nord d'ici à 2030.

Centrale de Mühleberg, c’est fini

En Suisse, le ton est donné avec l’arrêt programmé en décembre 2019 de la centrale de Mühleberg. Dans 20 ans, notre pays devrait avoir tourné la page du nucléaire. Les coûts de désaffection des centrales et de gestion des déchets en Suisse ont récemment été revus à la hausse et la facture devrait se monter à près de CHF 24,6 milliards selon le Département fédéral de l’énergie (DETEC).

Les cinq centrales nucléaires suisses produisent ensemble 75 tonnes de déchets hautement radioactifs par année. Si on les arrête au bout de 50 ans d’exploitation, ces déchets cumulés occuperont 7 300 m3, soit le volume de sept maisons familiales. Cela paraît peu, mais la densité de l’uranium fait qu’un morceau de ce métal de la taille d’une brique de lait pèse près de 20 kilos!

Les déchets radioactifs, un marché potentiellement juteux

Un gigantesque marché se profile à l’horizon dans un parc nucléaire mondial vieillissant où la gestion des déchets radioactifs devient stratégique. Ce marché est estimé à près de EUR 200 milliards d’ici les vingt prochaines années. Selon un rapport récent de Greenpeace, établi par six experts, le stock mondial de résidus radioactifs issus de l’extraction et du traitement de l’uranium s’élevait en 2011 à 2,3 milliards de tonnes. Celui des combustibles usés, hautement radioactifs, est aujourd’hui estimé à 250 000 tonnes de métal lourd.

Plusieurs entreprises sont déjà positionnées dans ce que Greenpeace présente comme une crise mondiale pour la planète. En Europe, on peut citer Orano (anciennement Areva), leader mondial dans le recyclage des combustibles usés, pour gérer cet énorme chantier qui pourrait prendre des décennies et rapporter des milliards.

Publié dans le commentaire hebdomadaire "Matinale Express - Actions étrangères" de la salle des marchés de la BCV, le 15 avril 2019

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