Créer de la demande pour générer de l'inflation? Actuellement, cette mesure des banques centrales n'a pas l'effet escompté.

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Marchés11 juin 2019

A la recherche de l’inflation

Dans le monde obligataire, l’inflation est une des mesures utilisées pour établir la politique économique des banques centrales. Or, dans le contexte économique actuel, elle ne converge pas vers le but fixé.

L'inflation est une mesure du taux auquel le niveau de prix moyen d'un panier de biens et de services sélectionnés dans une économie augmente au cours d'une période donnée. C'est la hausse constante du niveau général des prix lorsqu'une unité de devise achète moins qu'elle ne le faisait dans les périodes précédentes. Souvent exprimée en pourcentage, l’inflation indique une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie d’un pays. 

Les banques centrales face à de nouveaux défis

Dans le monde obligataire qui est basé sur les taux, l’inflation est une des mesures utilisées pour établir la politique économique des banques centrales. A ce jour, l’objectif est de 2% pour les banques centrales américaine et européenne.

Pour y parvenir, elles disposent de plusieurs « outils » qu’elles vont mettre en oeuvre afin de créer de la demande (de biens et de services), ce qui sur le plus long terme devrait générer de l’inflation. Mais voilà, dans le contexte économique actuel, malgré des taux bas et l’emploi qui repart à la hausse, l’inflation ne converge pas vers le but fixé. Ceci est principalement dû au fait que, dans un contexte économique incertain, les particuliers repoussent leurs intentions d’achats et affectionnent plus l’épargne. Les compagnies préfèrent par ailleurs restituer du capital aux actionnaires plutôt que de faire de larges investissements. Les taux bas qui sont censés aider à consommer ou à investir n’ont pas l’effet voulu. 

Les banques centrales font aujourd’hui face à de nouveaux facteurs comme la disruption du marché liée aux nouvelles technologies et doivent donc constamment remettre leurs modèles à jour. 

Pour le moment, il n’y a pas de réponse toute faite à ces nouveaux défis et les banques centrales continuent d’essayer de trouver « la » solution en modifiant les taux directeurs à la hausse ou à la baisse en fonctions des données économiques entrantes.

Des taux bas encore longtemps?

A l’heure actuelle, la croissance mondiale attendue par le FMI est revue à la baisse avec une estimation à 3.3% contre 3.9% auparavant. Vu les incertitudes économiques et les différentes guerres commerciales en cours, les porteurs d’obligations n’ont pas de quoi se réjouir. Les taux actuels restent historiquement bas, plus de $11'000 mia équivalent d’obligations ont des rendements négatifs,  principalement dans les monnaies EUR, CHF et JPY (Source: Bloomberg Barclays Global Aggregate Bond Index) et la liquidité en constant déclin ne fait que rajouter encore plus de pression sur les rendements.

Pour conclure, si l’inflation ne fait pas son retour dans un futur proche, malgré les différentes interventions, nous risquons de nous retrouver en Europe et aux Etats-Unis dans un modèle économique similaire à celui du Japon. Cela impliquerait de vivre avec des taux nuls, voire négatifs, pour encore de nombreuses années.

 

Publié dans le commentaire hebdomadaire "Matinale Express - Actions" de la salle des marchés de la BCV, le 11 juin 2019

Par Alain Sala, Négociateur en actions et dérivés, BCV

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