Pascal Clément en est convaincu: «je crois qu’auprès d’une banque, il est important de pouvoir avancer des chiffres pour un projet de rachat ou de développement, quand bien même on a l’intime conviction, parce qu’on connaît son métier, que son projet va marcher.»

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Entrepreneurs11 décembre 2020

Savoir anticiper sa reprise

Pascal Clément, à la tête d’une série de boulangeries locales souhaitait développer son activité. Planifier son agrandissement lui a permis de reprendre avec succès le commerce d’un confrère.

À 13 ou 14 ans, Pascal Clément a déjà la pâtisserie dans le sang: «j’aimais confectionner des cakes dans la cuisine familiale». Ce fils de garagiste poursuit deux apprentissages, celui de boulanger-pâtissier et celui de confiseur. C’est en 1999, à vingt-cinq ans, qu’il reprend sa première entreprise, la boulangerie communale de Daillens. Le succès est fulgurant, boosté par la construction à un kilomètre de là, d’un grand centre de tri de colis. Dès 2003, son équipe passe de 4 à 12 personnes, et il ouvre une première succursale à Cossonay, dotée d’un tea-room, qu’il gardera durant dix ans, sans réussir à la faire grandir comme il désire. «J’avais déjà la vision de développement d’un commerce. Je savais que si le lieu n’était pas stratégique, c’est-à-dire à proximité d’un lieu de trafic, son essor serait impossible. Toutes les succursales que j’ai choisies ensuite étaient avant tout des locaux très bien placés, et non des boulangeries que j’aurais simplement reprises.»

Ce professionnel qui a pour habitude de ne refuser aucune commande, réussit à partir de 2006 à développer un solide réseau de boulangeries dans l’Est et le Nord de la région lausannoise: Daillens, Bottens, Cuarnens, Ecublens, La Chaux, La Sarraz, etc. Son motto? Créer des lieux en accord avec leur environnement et les besoins locaux. «Chaque enseigne est un peu différente. À Cuarnens, c’est une boulangerie-épicerie de village. À La Sarraz, l’idée était de faire une boulangerie-kiosque-tabac dans la gare, avec un assortiment de journaux. À Bottens, on s’approche presque d’une petite supérette. À Ecublens, on a misé sur le côté tea-room cosy.» Dans chacune de ses enseignes, il met en valeur des produits issus du terroir. «On propose toujours des produits artisanaux, fromages, charcuterie, miel, etc., mais attention, vous ne trouverez pas le même miel à Cuarnens qu’à Bottens. Idem pour les confitures, préparées par différentes paysannes vaudoises.»

Construire ou reprendre?

En 2012, Pascal Clément est à la tête de six commerces, qui occupent une cinquantaine d’employés. «Je me suis dit: c’est une bonne taille d’entreprise.» Après la vente de l’établissement de Cossonay, il dispose d’une base de fonds propres conséquente. De plus, «les commandes externes ont commencé à augmenter: événements, livraisons à des restaurants, des épiceries, des unités d’accueils pour enfants, etc.» Sans compter les foodtrucks, en plein boom, auprès de qui les produits de Pascal Clément font florès. «Nous proposons des pains que l’on ne trouve pas en supermarché. Et je travaille avec des artisans locaux, des produits issus de la région, si possible bio».

En 2014, il lance d’ailleurs le label «Proxivore» pour encourager l’économie locale. Face à cet essor, l’entrepreneur se questionne. «Ma capacité à produire a commencé à s’essouffler, face aux commandes et aux mandats: notre chiffre d’affaires annuel était de 4 millions de francs». Il hésite entre construire une nouvelle boulangerie, ou reprendre un établissement. Son bénéfice augmente chaque année, aussi il décide de provisionner l’argent nécessaire à son extension et d’affiner son choix. En 2019, une opportunité se présente: reprendre une série de boulangeries du groupe Mercuri SA à Senarclens (Senarclens, La Sarraz ZI, Penthalaz). Pour Pascal Clément, elle tombe à pic. «Les montants provisionnés auraient impliqués des frais d’impôts très élevés cette année-là.»

Provisions stratégiques

Grâce à ses provisions, il peut financer sans peine la reprise de l’établissement. «J’ai pu verser près d’un quart de la somme demandée, un prêt souscrit auprès de la BCV a permis d’atteindre le montant total.» Les chiffres de vente en croissance depuis les trois années passées, et les fonds propres apportés par Pascal Clément appuient évidemment son dossier. «Mes années d’expériences ont joué, mais surtout mon bilan et ma comptabilité. Je crois qu’auprès d’une banque, il est important de pouvoir avancer des chiffres pour un projet de rachat ou de développement, quand bien même on a l’intime conviction, parce qu’on connaît son métier, que son projet va marcher.»

Autant d’éléments qui ont permis, selon lui, d’assurer une reprise sans difficulté. «Nous avons pu maintenir tout le personnel, et rassurer l’ancien propriétaire sur le fait que son entreprise resterait tenue par un professionnel, garant d’une production et d’un savoir-faire artisanal.» Pascal Clément en est conscient, présenter un bilan, gérer une comptabilité, provisionner, en vue de s’agrandir n’est pas forcément évident. «Peut-être faudrait-il pouvoir suivre une formation, même de deux ou trois heures pour savoir comment établir un business-plan.» Son conseil pour des entreprises qui hésitent dans leurs projets de développement? Ne pas hésiter à se rapprocher de confrères ou de professionnels plus aguerris, pour disposer d’un œil extérieur au moment de faire ses choix.

Camille Andres, rédactrice pour la BCV

Pour en savoir plus: www.bcv.ch/transmission

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