Que signifie être préparé pour un entrepreneur? Il doit ainsi tenter de définir son seuil de tolérance à tout mouvement des taux, a rappelé Bruno Mathis, spécialiste en produits structurés et dérivés, lors de la manifestation organisée par la BCV "Les Professionnels de l'immobilier".

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Entrepreneurs08 mars 2018

Préparez-vous à une remontée des taux

C’est la crainte des marchés depuis le début février. Et si les taux remontaient – surtout s’ils remontaient plus rapidement qu’attendu? En Suisse, depuis la décision de la Banque nationale (BNS) début 2015 d’abolir le taux plancher entre l’euro et le franc, les taux courts sont maintenus en territoire négatif. Ils devraient le rester, du moins tant que la Banque centrale européenne ne décide de modifier sa politique monétaire. En attendant, les taux longs, eux, remontent. Si, au plus fort de la pression, le taux swap francs suisses à 10 ans est descendu à -0,50%, il évolue actuellement autour de 0,5%.

Se pose alors la question de savoir où nous en sommes dans le processus de normalisation de la politique monétaire? Quand verra-t-on une intervention de la BCE et de la BNS sur les taux? Sera-ce pour fin 2018, début 2019 ou plus tard? À défaut de réponse parfaite, il y a une leçon à retenir de ce début d’année a souligné Bruno Mathis, spécialiste en produits structurés et dérivés à la BCV, lors de la manifestation les «Professionnels de l’immobilier»: les mouvements peuvent être rapides. Mieux vaut donc être préparé pour pouvoir intervenir rapidement. Car toute hausse des taux peut coûter cher pour une entreprise. Surtout si elle est endettée.

Seuil de tolérance à définir

Que signifie être préparé pour un entrepreneur? Il doit ainsi tenter de définir son seuil de tolérance à tout mouvement des taux. Pour ce faire, une analyse de son endettement s’impose. Il s’agit de décrire la structure de ses crédits selon les échéances (inférieures à 1 an, 3 ans, 5 ans ou supérieures à 10 ans), la qualité de ces mêmes échéances (bien réparties ou pas) ou encore la nature des taux (fixes ou variables).

Pour mieux mesurer sa capacité à faire face à un relèvement du coût de l’endettement, une étude approfondie de son bilan s’impose, rappelle le spécialiste. Les fonds propres sont-ils suffisants? Si ce n’est pas le cas, serait-il facile de les accroître? En parallèle, il est évidemment nécessaire de se pencher sur la structure de ses revenus et leur pérennité.

Plusieurs scénarios

Une fois ces éléments posés, il s’agit d’évaluer s’il est nécessaire de renouveler par anticipation les échéances proches ou s’il vaut mieux attendre la fin de ces mêmes échéances. En d’autres termes: il s’agit d’estimer le coût d’un renouvellement anticipé en comparaison avec un mouvement de taux. Et de répéter l’opération pour plusieurs échéances. Ces différents scénarios permettront de mieux appréhender la réalité et de mesurer jusqu’où l’entreprise peut aller sans mettre en péril sa situation financière. Exemple à l’appui, Bruno Mathis a démontré qu’attendre dix-huit mois et devoir compter avec une hausse de taux de 1% au lieu de renouveler deux échéances immédiatement pouvait coûter plusieurs dizaines de points de base de taux moyens pour une entreprise.

Difficile de trouver le moment juste pour intervenir, a rappelé le spécialiste. Il existe cependant des produits pour tenter d’amortir les retournements de tendance. Comme pour toute analyse de risque, le premier pas revient à choisir son scénario macroéconomique et à s’y tenir. Si l’on est ainsi convaincu que le monde va vers une forte hausse des taux, il s’agit d’opter pour une vision fixe à long terme. Dans ce cas, une des solutions peut être un swap de taux. Une opération qui permet d’agir dès aujourd’hui sur les échéances à venir et de fixer le taux de base pour le nouvel emprunt. Elle permet même de garder la flexibilité quant à la forme du futur emprunt. Si au contraire, on n’est pas convaincu de la probabilité d’une hausse, il serait peut-être opportun d’acheter une option, qui, contre le paiement d’une prime, permet de s’assurer contre la hausse tout en profitant de la stabilité des taux, voire d’une baisse.

L’heure est cependant plutôt à la hausse. Mieux vaut donc s’y préparer. Et le spécialiste de conclure: «il est encore temps d’analyser sereinement la situation».

Anne Gaudard, rédactrice BCV

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