Les bâtiments représentent 45% de la consommation d’énergie. Réduire leur empreinte environnementale est l’un des axes de la Stratégie énergétique suisse.

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Dans le canton29 octobre 2020

Dossier: Construire et rénover vert: les incitations se multiplient

Le mois de septembre 2020 aura, entre autres, été marqué par l’adoption de la révision de la loi sur le CO2 par le Parlement fédéral, après quasiment deux ans de travaux. Objectif de ce texte, dont l’entrée en vigueur dépend d’un éventuel référendum: permettre à la Suisse de mettre en œuvre les objectifs des Accords de Paris, ratifiés en 2017. Afin de contenir le réchauffement mondial moyen en dessous de 2 °C, voire 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites de 50% d’ici à 2030.

La taxe sur le CO2 introduite en 2008 sera étendue aux billets d’avion et augmentée pour l’essence, le diesel et le mazout. Les recettes seront en partie affectées au bâtiment, notamment pour des mesures d’assainissement et de remplacement des chauffages à mazout ou électriques, ainsi qu’à la promotion des énergies renouvelables. Car, dans cette chasse aux émissions de CO2, l’immobilier est un enjeu. En Suisse, le bâtiment consomme environ 100 TWh, soit 45% de la consommation d’énergie finale. Les trois quarts sont imputables au chauffage, avec, comme principal vecteur énergétique, le mazout, suivi par le gaz naturel.

Référendum ou pas au niveau fédéral, le canton de Vaud s’est doté d’un Plan climat vaudois, dont la première édition a été présentée en juin. Par rapport à la loi sur le CO2, l’objectif est plus ambitieux, avec une réduction de 50% à 60% des émissions de CO2 par rapport à 1990 d’ici à 2030 et une neutralité carbone en 2050. En 1990, les émissions s’élevaient à 4,2 millions de tonnes d’équivalent CO2 dans le canton; en 2020, elles avaient diminué de 10% à 3,8 millions de tonnes. En tenant compte de l’évolution démographique, cette réduction s’élève à -36% par habitant. Malgré cela, le potentiel d’amélioration de l’efficience énergétique des bâtiments reste important: en matière d’adoption de l’approche Minergie, le canton de Vaud est un peu en dessous de la moyenne suisse.

Repli des investissements dans le bâtiment

Pour la période 2010 à 2015, 40 milliards de francs ont été investis annuellement dans le parc immobilier suisse. Deux tiers concernaient des nouvelles constructions et un tiers des travaux de rénovation. Dans le canton de Vaud, les investissements dans le bâtiment se sont montés à 3,9 milliards de francs par an durant cette période, dont 900 millions pour les travaux de transformation et de rénovation. Ce chiffre n’est toutefois pas exhaustif, car basé sur un recensement des permis de construire accordés. Or, les travaux considérés comme de «minime importance» ne nécessitent pas de permis de construire, à l’exemple de la pose de panneaux solaires d’une surface inférieure à 8 m2.

Malgré les incitations et un environnement favorable aux investissements dans les rénovations (voir le dossier de BCV Immobilier No 5, «Rénover un atout pour préserver la valeur de son bien»), les investissements attendus pour les travaux de rénovation et de transformation sont en repli cette année dans le canton, à 800 millions de francs, soit 10% de moins que sur la période de 2010 à 2015.

 De plus, historiquement, les propriétaires vaudois ne recourent que modérément au Programme bâtiments, visant à soutenir les investissements dans l’efficience énergétique et l’utilisation d’énergies renouvelables. Une étude réalisée en 2014 par le bureau d’études E4tech et l’EPFL, sur mandat de la Direction de l'énergie du canton de Vaud, a identifié plusieurs barrières:

  • Facteur structurel: par rapport à d’autres cantons, une proportion plus faible de maisons individuelles occupées en résidence principale par leur propriétaire et moins de logements locatifs détenus par des coopératives de grande taille.
  • Facteur juridique: le droit du bail est appliqué plus fermement dans le canton de Vaud. À cela s’ajoute la loi sur les démolitions et transformations (LDTR), considérée par les propriétaires comme un obstacle à la rénovation.
  • Facteur économique: en 2012 et 2013 (années analysées dans l’étude), le canton de Vaud affichait une pénurie marquée sur le marché locatif, n’incitant pas les propriétaires à rénover.
  • Facteur socioculturel: le niveau de sensibilité aux questions environnementales semble moins élevé que dans d’autres cantons, alors que la perception du risque juridique dans le cas de rénovations est plus élevée.

Depuis le rapport, des mesures ont été prises, comme la mise à disposition d’un outil de calcul permettant de mesurer et de comparer la performance énergétique d’un immeuble (Certificat énergétique cantonal des bâtiments ou CECB, voir «Une histoire de certification»). De plus, le marché locatif vaudois s’est fortement détendu avec, au 1er juin 2020, environ 4500 logements locatifs vacants. En revanche, alors qu’une application plus prudente du droit du bail et de la LDTR était recommandée afin de maintenir un équilibre entre préservation du parc de logements abordables et rentabilisation des investissements, le contrôle des loyers lors de travaux de rénovation a été étendu avec l’entrée en vigueur début 2018 de la loi sur la préservation et la promotion du parc locatif.

Diminuer son empreinte écologique, mode d’emploi

Les pistes pour diminuer la consommation d’énergie d’un bâtiment sont nombreuses et concernent différents éléments. Par exemple:

Enveloppe du bâtiment

L’isolation d’un bâtiment permet de limiter les déperditions thermiques, principalement en hiver. Un bâtiment neuf qui respecte les exigences d’un standard Minergie (voir «Une histoire de certification») consomme environ cinq fois moins d’énergie qu’un bâtiment standard du 20e siècle. L’orientation du bâtiment, l’exploitation des apports solaires passifs (le vitrage), la limitation des parties excavées et la densité permettent de réduire la consommation.

Les exigences en matière d’isolation thermique des bâtiments sont régies par la loi vaudoise sur l’énergie. Le calcul des besoins de chaleur pour le chauffage se réfère à une norme de la Société des ingénieurs et des architectes (SIA 380) et les valeurs limites correspondent globalement au niveau d’exigence du standard Minergie pour l’enveloppe du bâtiment.

Production de chaleur

On distingue généralement la part d’énergie dévolue à l’eau chaude sanitaire de celle du chauffage. Dans un bâtiment efficient d’un point de vue énergétique, la température de l’eau de chauffage est beaucoup plus basse que celle de l’eau chaude sanitaire, ce qui permet de diversifier la production de chaleur. L’usage des énergies renouvelables est souhaité, notamment les capteurs solaires thermiques ou photovoltaïques, les chaudières à pellets, le raccordement à un réseau de chauffage à distance, etc.

Les exigences en matière d’installations techniques du bâtiment sont régies par la loi vaudoise sur l’énergie. Sauf exception, en regard des besoins de chaleur admissibles pour le chauffage, la part générée par une installation de chauffage au gaz est limitée à 80% et à 60% pour une installation de chauffage au mazout ou au charbon. Pour des équipements neufs, le recours aux énergies renouvelables est exigé, avec une part minimale de 30% pour les besoins en eau chaude sanitaire. De même, le montage et le renouvellement de chauffages électriques à résistance sont proscrits. Les exigences pour les installations de chauffage se fondent sur une norme de la Société des ingénieurs et des architectes (SIA 384).

À noter que des travaux dans ces domaines peuvent être favorisés par des subventions ou des taux hypothécaires préférentiels (en fonction d’un niveau de certification). De plus, hors travaux à plus-values, les investissements sont fiscalement déductibles.

Les pistes ne concernent toutefois pas que le bâtiment lui-même, mais certains équipements mobiliers et les bons réflexes en matière énergétique.

Remplacement de l’éclairage et des appareils électroménagers

De jour, la lumière naturelle permet d’éviter une consommation inutile d’énergie, tant au niveau de l’éclairage que du chauffage. Des ouvertures vitrées orientées sud peuvent même améliorer les gains énergétiques, malgré une capacité isolante du vitrage très en retrait par rapport à celle d’un mur. L’efficacité énergétique et la durée de vie des lampes LED sont supérieures. Pour les appareils électroménagers, l’étiquette énergétique renseignera sur l’efficacité énergétique. De manière générale, en fonction du coût, la réparation est conseillée pour des appareils qui ont moins de dix ans.

Le coût de la réparation et du remplacement des appareils vétustes est fiscalement déductible. 

Utilisation

De nombreux gestes simples permettent des économies d’énergie. Il peut s’agir d’une diminution de la température du logement (un local chauffé à 19 °C nécessitera près de 15% moins d'énergie que s'il est chauffé à 22 °C), de l’aération des pièces (dix minutes deux fois par jour plutôt qu’une fenêtre entrouverte), de l’usage des volets et des stores, de limiter la mise en veille des appareils électriques, etc.

Sources: «Habiter écologique : mode d’emploi», tribu architecte Sàrl et Planair, https://www.energie-environnement.ch, Modèle de prescriptions énergétiques des cantons (MoPEC), SIA, Subventions Programme bâtiments, https://www.ecohabitation.comloi sur l'énergie (LVLEne)

Une histoire de certification

Il existe différents systèmes pour évaluer la durabilité d’un bâtiment, certains contraignants, d’autres obligatoires. Dans le canton de Vaud, lors de la vente d’un bâtiment d’habitation existant, l’établissement d’un certificat CECB est obligatoire depuis le 1er janvier 2017. Ce document est également exigé lors du remplacement d’un chauffage par une nouvelle installation fonctionnant au gaz, au mazout ou au charbon. Actuellement, le calcul se base sur la surface chauffée et la consommation d'énergie effective pour le chauffage, l'eau chaude et les équipements techniques électriques. L’efficience énergétique du bâtiment est représentée sous la forme d’une note sur une étiquette énergétique, qui va de A (très efficace énergétiquement) à G (peu efficace énergétiquement).

Les notes de l’étiquette énergétique du CECB

Classe-T
Classe-1
Classe-T
Classe-2

Source: Association GEAK-CECB-CECE

Hormis le CECB, d’autres certifications existent sur une base volontaire. Au niveau international, il s’agit des certifications BREEAM, développées par l’institut de recherche britannique Building Research Establishment, DGNB, émanant d’un consortium allemand de professionnels du bâtiment, ou LEED initié par le US Green Building Council aux États-Unis. En Suisse, la certification de référence pour la construction durable se nomme Minergie. L’association délivre trois certifications, toutes combinables avec un complément ECO. À ce jour, un peu moins de 51 000 bâtiments ont été certifiés Minergie en Suisse, dont 3200 dans le canton de Vaud.

Dans les grandes lignes, les exigences de la certification Minergie sont conformes aux exigences cantonales au niveau du besoin de chaleur pour le chauffage des nouvelles constructions (enveloppe du bâtiment). Toutefois, le recours aux combustibles fossiles est proscrit. De plus, un système de ventilation contrôlée doit être installé, de même qu’une production externe d’électricité. La certification Minergie-P, lancée fin 2001, se distingue par des besoins de chaleur inférieurs et désigne des bâtiments à très basse consommation d’énergie. Enfin, la certification Minergie-A garantit l’indépendance énergétique grâce à une autoproduction via une installation photovoltaïque importante. Enfin, le complément ECO inclut les aspects liés à la santé, tels qu’une luminosité et une isolation acoustique convenables, ainsi qu’à la construction écologique.

Des matériaux locaux et peu transformés

Les gains au niveau de la production de chaleur dans les nouvelles constructions ont été substantiels ces dernières décennies. De ce fait, un autre aspect retient, depuis une dizaine d'années, de plus en plus l’attention des spécialistes: l’énergie grise. Celle-ci concerne l'énergie primaire non renouvelable qu'il a fallu dépenser au cours des différentes étapes de fabrication, de l'extraction des matières premières jusqu'à l'élimination des déchets, en passant par les processus de fabrication et de traitement. Chaque élément de construction est analysé sur la base de sa surface de référence énergétique ainsi que de sa durée d'amortissement. À fonction identique, par exemple, l’analyse permet de distinguer les différents matériaux isolants. On notera que les éléments peu transformés, à l’exemple du bois pour la structure porteuse et de la laine de pierre pour l’isolation thermique, sont peu gourmands en énergie grise. Un élément difficilement mesurable dans ce calcul réside dans le transport entre le lieu de fabrication et sa destination finale. Là, les gains peuvent également être importants. En résumé, une consommation de matériaux locaux et peu transformés est moins gourmande en énergie grise.

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