Les limites des taux négatifs

  • Le niveau des taux s’explique par des facteurs conjoncturels et structurels, mais aussi artificiels.
  • L’action des banques centrales a introduit des distorsions dans le système.

Quelque 30% du total des obligations mondiales affichent un rendement négatif. Ce qui équivaut à environ 17 000 milliards de dollars de dettes pour lesquelles le créancier investisseur ne demande pas de rémunération. Qu’est-ce que cette situation anormale signifie?

Leurs interventions au soir de la crise de 2008 avaient été saluées. Les banques centrales ont réussi leur premier acte en relançant l’économie mondiale. Le deuxième, qui les a vues avoir recours aux taux négatifs et à des mesures extraordinaires, soulève de plus en plus de critiques, alors que les taux devraient rester dans le rouge jusqu’en 2021, en Suisse du moins.

Fondamentaux

Plusieurs facteurs justifient le bas niveau des taux actuels. Une partie s’explique par les fondamentaux de l’économie mondiale, mais une autre est purement artificielle.  L’impact de la faiblesse de la croissance et de l’absence d’inflation a en effet été accentué par la politique extraordinaire des banques centrales. Leurs injections de liquidités dans le système ont ajouté de la pression sur les taux et poussé les investisseurs à chercher du rendement à tout prix. La preuve? Le nombre d’obligations étrangères notées A-BBB dont le rendement avoisine zéro. Elles sont ainsi considérées comme sans risque alors qu’elles se situent dans le bas de la catégorie investissement.

Mouvement de masse

L’aspect artificiel de cette situation a encore été souligné à la mi-août: les taux longs se sont alors effondrés. Relents d’exagération ou odeur de récession? S’ils craignaient un fort recul conjoncturel, pourquoi les investisseurs placeraient-ils leurs actifs dans des titres qui seraient parmi les premiers à pâtir de ce recul? Un coup d’œil aux courbes des rendements des différentes classes obligataires montre qu’à l’aube d’une récession, l’écart entre les placements les moins sûrs et les plus sûrs tend habituellement à s’accroître. Ce qui n’est actuellement pas le cas. Ces forts à-coups et autres phénomènes récemment enregistrés sur le marché mettent en évidence les effets de mouvements de masse, de ruées sur certains actifs, induits par les opérations non conventionnelles des autorités monétaires.

Deux visages

Les actions des banques centrales peuvent ainsi présenter deux visages. L’un rassurant. Elles donnent toutes leurs chances tant à l’économie qu’aux bourses de progresser. L’autre préoccupant. Elles introduisent des distorsions dans les systèmes économique et financier. Elles sapent le système de prévoyance qui prévaut dans nombre de pays occidentaux. Elles permettent à des modèles d’affaires inefficients – que ce soit de sociétés ou d’États – de se maintenir.

À ces constatations s’ajoute le point d’interrogation qui entoure la marge de manœuvre des autorités monétaires en cas de ralentissement prononcé. Mais pour les trois à six mois à venir, les indicateurs avancés laissent entrevoir une poursuite de la croissance à un rythme modéré.

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