Etes-vous à l'aise avec le digital?

Dès 2018, le droit européen demandera aux entreprises de rendre compte à leurs clients des vols de données dont elles sont victimes. Quel que soit le domaine d’action de votre entreprise, disposer de salariés formés à la ‘littératie numérique’ est crucial. Sans une bonne maîtrise des outils digitaux et des réseaux sociaux, que ce soit à titre privé ou professionnel, vos collaborateurs exposent l’entreprise à des risques, met en garde Stéphane Koch, conseiller en stratégie digitale et vice-président d’High-Tech Bridge SA.

Qu’est-ce que la ‘littératie numérique’ ou ‘digital literacy’?

Cette compétence est nouvelle et hybride: c’est un mélange d’esprit critique, de bon sens, d’expérience et de connaissance pratique des outils numériques et de la culture digitale. Elle n’est, en soi, pas enseignée en Suisse. Mais on peut la résumer comme la somme des connaissances nécessaires pour se mouvoir dans la société de l’information.

Pourquoi il est important que chaque collaborateur maîtrise cette compétence?

Le patrimoine des entreprises et des particuliers devient de plus en plus immatériel: des relevés bancaires aux cartes de fidélité, des fichiers clients aux e-factures: une part croissante des informations est digitalisée. En perdre le contrôle aujourd’hui signifie des risques financiers importants pour une entreprise. L’autre danger, c’est l’image de l’entreprise qui peut très rapidement être entachée: maîtriser son e-réputation fait partie de la ‘digital literacy’.

Stephane Koch
Pour Stéphane Koch, maîtriser les outils numériques à titre privé et professionnel est un enjeu essentiel.

Qu’est-ce que l’e-réputation?

L’e-réputation est la somme des avis et commentaires des utilisateurs du web au sujet d’un individu ou d’une entreprise. Elle se distingue de l’identité numérique, qui regroupe toutes les représentations publiques, objectives d’une personne ou d’une entreprise que l’on peut trouver en ligne, qui sont accessibles à tous sans grandes difficultés: photos, vidéos, articles et avis publiés par cette personne.

Dans tous les cas, ces constructions numériques se nourrissent aussi de la vie réelle. Nos attitudes online et offline vont déterminer notre identité numérique, ce que l’on fait en ligne a un impact dans la réalité et inversement. Imaginer que les deux univers sont séparés et ne communiquent pas est illusoire. Ainsi, discuter sous pseudonyme n’autorise pas pour autant de se départir des règles de la bienséance.

Quels sont les risques pour une entreprise lorsque les outils digitaux ne sont pas maîtrisés à titre personnel?

Le digital nous ‘interconnecte’ et amplifie les relations entre l’espace privée et professionnel. Internet peut potentiellement rendre visible, dans l’entreprise, ce qui se passe au domicile: soit parce que l’on perd le contrôle de ses données privées, soit parce que l’on ne maîtrise pas ses outils connectés, soit parce qu’un tiers mal intentionné a diffusé des données intimes. Si un collaborateur se retrouve victime de cette situation, il n’est pas rare qu’il démissionne. A l’entreprise de prendre en charge les coûts de recrutement. Et de devoir rebâtir son e-réputation si le nom de l’employé est associé, en ligne, à son image.

Quels sont les risques pour une entreprise lorsque les outils digitaux ne sont pas maîtrisés à titre professionnel?

C’est toute la question du coût du piratage et de la cybercriminalité: combien coûte la perte temporaire ou permanente de données clés, le blocage de certains systèmes? Et pour un collaborateur, être victime d’une ‘arnaque au président’ -technique d’ingénierie sociale qui consiste à usurper l’identité du CEO, en utilisant divers moyens technologiques, pour demander un virement urgent- n’est pas nécessairement une faute professionnelle, mais peut se traduire par un licenciement, ou la faillite d’une entreprise. Pourtant, à la base, c’est juste une erreur de gestion de l’environnement technologique.

Comment maîtriser ses données numériques?

Penser à  effacer de manière sécurisée tous les supports numériques que l’on vend, prête ou donne (cartes mémoire, appareils photos, smartphone), garder des copies des contenus sur les périphériques nomades (clés USB, ordinateurs portables) et chiffrer ces derniers, garder à l’esprit que toute donnée envoyée vers un outil (imprimante, photocopieuse, outil de traduction en ligne) va non seulement laisser une ‘copie d’elle-même’ dans la mémoire du périphérique concerné, mais peut être potentiellement interceptée.

Quelles règles adopter pour embrasser la culture numérique sans risques?

Tout d’abord partir du principe qu’étant conçus par des humains, les outils numériques, sites internet ou serveurs comportant des données, sont intrinsèquement faillibles et en évolution et amélioration permanente: le digital nécessite donc une adaptation constante.

Il importe aussi aux entreprises de fournir codes et outils pour l’usage des réseaux sociaux, et d’établir une stratégie quant à l’utilisation professionnelle de ces outils, afin d’éviter tout comportement guidé avant tout par l’émotion. Cela vaut aussi pour l’usage personnel. La différence entre l’expression personnelle et professionnelle ne se fait pas sur les réseaux sociaux: toute prise de parole peut potentiellement être associée à votre entreprise. Il faut donc considérer les réseaux sociaux comme un espace d’expression public ; rappeler le droit et les limites fixées par la loi n’est jamais inutile.

Enfin, toute entreprise doit définir, en interne, qui a accès à ses données stratégiques, et ne pas donner par principe accès à tous les collaborateurs à des informations qui ne leur sont pas nécessaires.

Texte rédigé suite à l’intervention de Stéphane Koch à l’Ouest forum du 17 novembre 2016, événement soutenu par la BCV.

 

Camille Andres, rédactrice, pour la BCV

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