Qui dit juste: les indicateurs avancés ou les taux longs?

  • La confirmation du rebond attendu en seconde partie d’année se fait attendre.
  • Les taux longs ont déjà pris en compte beaucoup de mauvaises nouvelles.
  • Les actions restent à privilégier, mais avec une approche flexible.

Raisonnablement, la croissance mondiale devrait se stabiliser en seconde partie d’année. Voire bénéficier d’une légère embellie après un premier semestre décevant. Un certain nombre d’éléments fondamentaux plaident pour qu’elle parvienne en 2020 au rythme modéré de 3,3%. Parmi les soutiens les plus solides de l’activité figurent la robustesse du marché de l’emploi, les politiques monétaires et fiscales accommodantes, les conditions financières favorables ou encore le bas niveau des taux. Les indicateurs avancés ne disent pas autre chose, mais ils doivent encore être confirmés par des statistiques décrivant le degré réel d’activité. Une confirmation qui se fait, elle, attendre.

La croissance mondiale ne peut guère espérer croître plus rapidement. Non seulement elle est freinée par des facteurs structurels, comme la démographie ou l’endettement, mais elle est aussi entrée dans sa phase de maturité, qui se caractérise par le fait que bon nombre de besoins des acteurs économiques ont déjà été satisfaits. Elle doit également faire face aux incertitudes liées à la situation internationale qui limitent la prise de risque de ces mêmes acteurs économiques. Notamment les entrepreneurs, moins enclins à réaliser de gros investissements. Cela dit, une accélération trop rapide exposerait les autorités monétaires à un risque de surchauffe et limiterait d’autant leur marge de manœuvre pour soutenir l’économie. Ce cycle se caractérise en effet toujours par une quasi absence d’inflation, ce qui permet aux banques centrales de maintenir leur taux bas.

Des taux longs au plancher

Si les taux courts sont bas, voire négatifs, les taux longs le sont également. À tel point que la courbe des taux, soit le tracé qui relie le niveau de rendement des différentes échéances, s’est inversée aux États-Unis. Un signe annonciateur de récession? Le niveau des taux longs s’explique certes par des facteurs que l’on pourrait qualifier de traditionnels, comme le ralentissement de la croissance économique, l’absence d’inflation, des politiques monétaires accommodantes, mais il s’explique aussi par des positions exagérées des investisseurs qui cherchent à se protéger des incertitudes actuelles.

Ainsi, une confirmation de la stabilisation de la croissance mondiale par les statistiques économiques devrait soutenir les taux longs. Ils resteront toutefois bas, et ceci pour une durée assez longue. Notamment en raison des politiques des banques centrales. Les messages donnés en juin par les différents grands argentiers sont clairs. Leur politique soutiendra l’économie.

Aux États-Unis, alors qu’en décembre dernier on parlait encore de hausse régulière des taux, le consensus table désormais sur une, deux, voire trois baisses de la part de la Réserve fédérale. En Europe, le président de la BCE, Mario Draghi, après avoir déclaré que les taux ne bougeraient pas au moins jusqu’à l’été 2020, a même déclaré qu’en cas de besoin il pourrait les baisser. Ce qui signifie qu’en Suisse, le taux directeur de la BNS va rester longtemps encore négatif.

Des messages divergents

Ces déclarations ont satisfait des marchés qui vivent au quotidien le match entre les indicateurs avancés et les taux. Soit entre deux messages divergents: les uns plaidant pour une croissance à un rythme modéré et les autres pour un ralentissement de l’activité accompagné d’un risque de désinflation.

Globalement, les fondamentaux justifient l’intérêt pour les actifs risqués, notamment pour les actions. Si l’économie croît toujours, les risques, qu’ils soient économiques, sociaux ou géopolitiques, ne sont plus ignorés. Un scepticisme déjà grandement contenu dans les cours qui permet des réactions positives aux bonnes nouvelles. Voire très positives en cas de très bonnes nouvelles, comme la fin des tensions commerciales et des bonnes statistiques économiques. Les chiffres de l’été seront ainsi déterminants.

Dans l’environnement irrégulier de cette période de transition, nous privilégions les actions qui restent attrayantes en raison des taux bas, voire négatifs. La gestion des portefeuilles demande toutefois de la flexibilité pour pouvoir répondre aux mouvements attendus, que ce soit à la baisse ou à la hausse, que réserve cette phase tardive d’un cycle tout de même différent. 

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Si la Fed baisse ses taux, ce ne serait pas la première fois qu’elle le fait en cours de cycle. Ce fut déjà le cas en 1995 et en 1998. Alors, le PIB nominal a progressé. Ce mouvement permettrait à la banque centrale de contrecarrer les effets des incertitudes économiques et géopolitiques sur le moral des investisseurs.

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Le taux de chômage aux États-Unis est tombé à son plus bas depuis près de 50 ans à 3,6%. Le nombre de sans-emploi est désormais inférieur au nombre d’offres d’emplois. Ce manque de main-d’œuvre est une des explications à la baisse du nombre de créations d’emplois mensuelles et pèse sur la croissance.

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L’euro s’est à nouveau affaibli face au franc aux environs de CHF 1,10 pour un euro. Il pourrait rebondir si la tendance montrée par les indicateurs avancés de l’activité se concrétise dans l’économie réelle et permet aux taux longs de se redresser. Le match entre ces deux courbes devrait se décider cet été.

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