Une meilleure note ESG ne pénalise pas un portefeuille

Que l’investisseur ait choisi d’investir passivement ou en optant pour une stratégie smart bêta, deux approches très recherchées actuellement, il ne doit pas réduire ses objectifs en matière de rendement ajusté au risque s’il veut que son portefeuille ait un visage plus durable.

Deux mouvements ont le vent en poupe: les primes de risque et l’investissement durable. Convergent-ils? En d’autres termes, l’introduction des critères ESG, pour environnementaux, sociaux et de gouvernance, peut-elle influencer une stratégie factorielle? Le thème, abordé lors d’une conférence organisée à Zurich par la BCV, figure au cœur d’une analyse menée conjointement par les professeurs de l’Université de Lausanne Éric Jondeau et Fabio Alessandrini, qui est également responsable de l’investissement quantitatif et alternatif à la BCV. Une étude historique qui s’est attachée à étudier quel aurait été l’impact d’un filtre ESG sur des portefeuilles au cours des dix dernières années.

Les primes de risques se sont imposées dans l’univers d’investissement sous l’effet conjoint de deux phénomènes, la recherche de rendement en période de taux bas et les résultats de la recherche académique. Un certain nombre de facteurs dans les différentes classes d’actifs ont été identifiés comme proposant des sources de rendement différentes. Si l’on en dénombre plusieurs centaines, certains sont plus fréquemment utilisés que d’autres à l’instar des value, taille, carry, momentum, etc. L’effet de ces facteurs peut-il être amoindri ou au contraire amplifié par le respect des critères ESG?

Meilleur score

L’étude a d’abord posé différents filtres ESG sur un portefeuille standard pour en mesurer l’effet. Le tout sur une dizaine d’années. L’analyse permet de souligner que, sur la période étudiée, l’intégration progressive des facteurs ESG dans un véhicule d’investissement en améliore le score de durabilité sans en détériorer les caractéristiques de performance finale. Si la performance n’est pas affectée, des biais de taille, régionaux et sectoriels peuvent apparaître.

Dans les grandes lignes, le poids des grandes sociétés, des entreprises actives dans l’IT et situées dans l’Union européenne augmentent au détriment des petites sociétés, des entreprises actives dans l’énergie et d’origine américaine. Le biais régional s’explique notamment par le fait que la réglementation européenne en matière de développement durable est plus importante que celle des États-Unis ou des pays émergents. Les grandes entreprises ont par ailleurs une structure suffisante pour intégrer des facteurs de durabilité dans leur gestion et ainsi obtenir des notes ESG meilleures. Mais ces biais ne détériorent pas la qualité du portefeuille en matière de performance. Ce qui peut notamment s’expliquer par les tendances observées durant la période sous revue. Ainsi, ces dix dernières années ont été particulièrement favorables aux technologies et moins à l’énergie.

L’exercice a ensuite porté sur une stratégie smart bêta portant sur quelques facteurs de risque, comme la taille, le low bêta, high yield, value, etc. Là encore, le score ESG peut progresser sans que les performances financières ne soient péjorées. Mieux: certaines stratégies smart bêta peuvent même bénéficier davantage de l’effet ESG que les investissements passifs. Une preuve? Leur ratio de Sharpe, qui estime le rapport entre le rendement et le risque, progresse. Une des explications réside dans le fait que la volatilité diminue avec la progression du score ESG.

Facteur dominant

Si les différentes stratégies enregistrent globalement les mêmes biais observés dans les portefeuilles standards en matière de risques de taille, régionaux ou sectoriels, leur amplitude diffère selon les facteurs choisis. Ainsi, lorsque l’impact ESG est mesuré en appliquant les méthodes d’exclusion de titres ou secteurs controversés, globalement, le facteur reste dominant et si diminution il y a, elle semble être compensée par l’amélioration de la note ESG.

Comment gérer l’ensemble de ces données? La solution passe par l’ajustement de l’allocation du portefeuille afin de respecter tant la composante ESG que ses autres caractéristiques que ce soit en matière de tolérance au risque, de coûts de transaction ou encore de tracking error. Un ajustement facilité par le fait que l’amélioration du profil ESG d’un portefeuille ne péjore pas ses rendements ajustés au risque, comme l’a démontré cette étude historique. L’Université de Lausanne a d’ailleurs développé des outils pour mesurer l’effet de l’introduction de filtres ESG dans un portefeuille.

 

Pour en savoir plus sur l’étude: ESG Investing: From Sin Stocks to Smart Beta, Fabio Alessandrini, Éric Jondeau, SFI Research Paper Series n°19-16

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