Que faire si les investissements de haute qualité ne rapportent plus rien ?

Comment investir sans trop de risques et avec un certain rendement?

Le risque zéro n’existe pas. Dans les placements dits «sans risques», on peut citer les placements à court terme en francs suisses, qui rapportent à peine plus que zéro. Quant aux rendements des obligations de premier choix, ils sont même souvent négatifs en termes réels dans certains pays, notamment dans la zone euro et aux Etats-Unis. Ce n’est pas le cas de la Suisse grâce à une inflation négative. La raison est que les investisseurs ont cherché la sécurité à tout prix.

La croissance mondiale n’a pas l’énergie qu’elle avait lors des cycles précédents et les problèmes de la zone euro mettent les investisseurs dans une position très défensive. Cela pose un problème, car ces derniers n’ont pas seulement voulu échapper au risque de marché en acquérant ces placements de qualité. Peut-être même, pour certains de ces placements, ont-ils pris un risque de marché, car acheter des obligations de la Confédération à un rendement de 30 points de base peut conduire à perdre de l’argent si les taux montent… Mais ils ont aussi voulu minimiser leur risque en étant sûr de recevoir leur argent à l’échéance et en francs suisses. Evidemment cela limite leur potentiel de gain, sous la forme du coupon qui est proche de zéro, alors que sur le marché américain il représente 1,6% ou en Allemagne le Bund est de l’ordre de 1,5%. Quant au potentiel de gain en capital il est très limité vu que, quand les coupons sont déjà très bas, les taux ne peuvent plus baisser… L’autre problème est que cela rend ces placements vulnérables à toute hausse, même modérée, du loyer de l’argent. Avec la psychologie du marché, quand les investisseurs ont peur, ils se mettent à racheter des obligations. Quand ils ont moins peur, ils se relancent sur le marché des actions. Depuis un mois, on voit même quelques tensions sur les taux. Elles ne sont pas énormes, mais cela suffit déjà pour que les obligations baissent un petit peu.

L’actualité récente et le dernier sommet de l’Union européenne à Bruxelles ont permis de relâcher une certaine tension...

Le sommet de Bruxelles à fin juin n’a pas résolu la crise, mais c’est quand même un pas vers une meilleure intégration en Europe. Il a aussi probablement diminué le risque d’un conflit majeur autour de la zone euro cet été. Donc je suis un peu moins craintif sur les actions et cela rend en revanche les obligations plus vulnérables, même si à mon avis, il n’y a pas un grand risque de hausse importante des taux pour l’instant.

Les investisseurs à la recherche d’une performance de leur portefeuille doivent accepter de prendre un certain risque…

Il suffit de définir le meilleur risque à prendre ! Il y a des risques de change, de fluctuation de cours, de contrepartie, etc. Tant que l’on a une vision dans laquelle l’économie mondiale peut avoir une reprise même modeste, on peut prendre certains types de risques.

Les thèmes d’investissements privilégiés dans ce contexte semblent être les obligations d’entreprises et les actions à hauts dividendes…

Oui, quand on parle des obligations d’Etat, il faut distinguer celles qui comprennent peu de risques et celles qui sont manifestement à risque potentiel d’insolvabilité. Dans ce contexte, nous privilégierons les obligations d’entreprises privées. Nous préconisons une qualité correcte (rating A à BBB), une forme de risque intéressante tout comme les actions à hauts dividendes. Le point commun entre ces deux types d’investissement est que leurs risques évoluent en fonction des perspectives économiques et financières. Si l’économie se désagrège, les actions souffrent un peu plus que les obligations d’entreprises, mais elles offrent un rendement élevé, pas loin de 4%. En choisissant des paniers d’actions de bonne qualité, c’est-à-dire qui ont une certaine croissance et qui offrent de bons dividendes, on peut déjà approcher les 5%. Dans les obligations d’entreprises en Europe et surtout aux Etats-Unis, et qui sont de qualité correcte, on peut avoir des rendements de 3,5 à 4%. C’est davantage que des obligations d’Etat de première qualité. Quant aux obligations d’entreprises privées de qualité correcte, dans ce cycle économique elles offrent un bilan plus favorable. Ces sociétés ont conservé des liquidités abondantes. Et en plus, leur rentabilité est bonne dans le cycle actuel. Elles ont donc une certaine solidité financière. Leur rendement est intéressant, surtout en termes relatifs, et, même si la croissance reste modeste, elles sont en mesure de payer les intérêts de la dette. Elles offrent un bon ratio rendement-risque.

Et les actions à hauts dividendes ?

Ce sont aussi des actions qui ont une certaine stabilité de leur cash-flow pour être en mesure de payer un dividende élevé. Après un choix qualitatif, c’est un placement qui conserve un degré de risque supplémentaire par rapport aux obligations d’entreprises. Mais par rapport aux actions tout court du marché, elles sont plus défensives. Cela permet aussi de dire que le rendement les protège dans les coups durs. Le fait d’avoir des rendements de 4 à 5% les rend moins volatiles. Une partie du potentiel de leurs gains est distribué à moins qu’il y ait une récession de l’économie. Ces compromis sont intéressants dans les 6 à 12 prochains mois. Pour les actions d’importantes sociétés suisses très sûres, l’investisseur prend un certain risque, mais il me semble amenuisé par le fait que la situation des sociétés non-financières est bonne et qu’elles peuvent payer facilement des intérêts sur leurs dettes.

N’y a-t-il pas un risque qu’elles diminuent leurs dividendes versés l’an prochain?

Ce sont des placements qui devraient bien s’en sortir sur la durée dans un environnement de croissance modeste. Il est bien entendu, si tout à coup la croissance dérape en territoire négatif et si l’on a de nouveau une récession de l’activité mondiale, qu’il faudrait diminuer l’exposition du portefeuille. Il faut être plus prudent si l’on va vers des actions plus cycliques, ou dans le domaine des matières premières:  ce sont des placements qui nécessitent une croissance plus élevée pour tenir la route.

Pour un investisseur suisse, il est recommandé de couvrir les investissements dans d’autres devises…

Le marché suisse des obligations, et partiellement celui des actions à hauts dividendes, n’offrent pas les mêmes possibilités d’investissements que ce qui existe dans la zone euro et aux Etats-Unis. Les rendements de près de 4% sont le plus souvent en euros et en dollars, le choix est plus restreint en francs suisses. Par exemple en dollar, même des fluctuations modestes de la devise peuvent diminuer l’attrait de ces obligations. Il est donc important d’avoir une couverture pour ces placements obligataires contre le franc suisse. D’autant plus que le coût est faible, il est associé au différentiel de taux à court terme. On va diminuer un peu le rendement et ne pas atteindre les 4%, mais cela restera aux environs de 3%.

Dans le brouillard actuel des marchés, le stratégiste peut-il voir plus loin qu’à court ou moyen terme ?

La croissance de l’OCDE oscillait auparavant entre 2 et 4%, mais on n’est plus dans cette logique. Maintenant, lorsqu’on passe de 2 à 1%, forcément la nervosité s’accroît. Depuis 2010, les marchés sont très sensibles aux phases d’accélération et de décélération de l’activité économique, même si elles ne sont pas très prononcées. Quand cela accélère, les marchés sont très soulagés et quand cela décélère comme en été 2011, on a eu enregistré une baisse du marché de 27% avec en sus le problème de l’Espagne et de la dette américaine. Il est vrai qu’il est difficile de donner une vision précise sur des investissements les plus risqués qui soit tenable sur une année. Il s’agit plus de cycles de 3 à 6 mois, avec des corrections à la hausse ou à la baisse. Avec les obligations d’entreprises et les actions à hauts dividendes, cela permet au moins d’avoir, sur la durée, un coupon ou un dividende relativement élevé.

L’été sera-t-il chaud ?

Les prochains mois vont être décisifs. Si la reprise mondiale continue à l’horizon 2013, même modérée, les indicateurs économiques qui ont sensiblement faibli depuis mars vont commencer à se stabiliser. Le marché va pouvoir rebondir. En revanche, si la situation est plus grave avec un fléchissement en Chine qui se poursuit et une reprise américaine très molle, le marché pourrait prendre peur et corriger encore un peu.

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