2012: enjeux importants, mais maîtrisables

La reprise devrait se poursuivre au niveau mondial, mais elle restera modérée en particulier dans les pays développés. Dans la zone euro toutefois, on peut craindre un recul de l’activité, dont l’ampleur dépendra de l’évolution de la crise sur la dette.

Sur le plan économique, 2012 sera l’année des défis : aux Etats-Unis, le regain de croissance du second semestre 2011 pourra-t-il se poursuivre face aux incertitudes électorales (année présidentielle oblige) et à la nécessité de régner sur le déficit public ? En Europe, les efforts pour résoudre la crise de la dette et mettre sur pied un nouveau fonctionnement monétaire et fiscal seront-ils couronnés de succès ou les tensions iront-elles en s’aggravant, menaçant la composition actuelle de l’euro et provoquant une récession profonde ? Les pays émergents, la Chine notamment, pourront-ils rester à l’écart des difficultés occidentales ou leur activité économique risque-t-elle de plonger, comme en 2008 ? Autant de sujets importants devant nous, lourds de conséquences pour les perspectives de la nouvelle année.

Disons-le d’emblée : il est difficile d’envisager une croissance économique vigoureuse étant donné les problèmes structurels dans les pays développés ; le surendettement privé et/ou public n’incite pas à dépenser des ménages dont les perspectives d’emploi sont, de surcroît, mitigées et il oblige les Etats qui sont dans le collimateur des marchés (en raison du montant gigantesque de leur déficit) à mettre en place des mesures d’austérité. Par ailleurs, si les politiques de relance monétaire (baisse des taux directeurs des banques centrales et injections massives de liquidités) apportent un certain soutien, elles sont loin d’avoir leur efficacité habituelle face à la volonté de réduction de l’endettement des principaux acteurs économiques et à leur prudence envers l’avenir, que ce soient les consommateurs, les entreprises ou les institutions financières.

Pourtant, il serait faux, à notre avis, de tomber dans un pessimisme de circonstance, très facile à nourrir compte tenu des enjeux associés aux questions mentionnées précédemment. Des trois questions, c’est à celle sur l’évolution de la crise en Europe qu’il est le plus difficile de répondre.

En effet, il est peu probable que les Etats-Unis rechutent en récession, même si le récent regain de vigueur pourrait à nouveau perdre de son intensité : les taux d’intérêt très bas, les injections de liquidités de la banque centrale, des consommateurs dont les revenus progressent avec modération (mais raisonnablement) et des entreprises qui affichent en général un bilan sain militent en faveur de la poursuite de la reprise (bien que celle-ci ne soit pas aussi solide que souhaité et qu’elle reste vulnérable à un choc, en particulier extérieur). De même, la Chine ne devrait pas ralentir d’une façon prononcée grâce à la flexibilité en matière de politique monétaire dont les autorités disposent (notamment baisse des taux d’intérêt), maintenant que l’inflation a commencé à refluer.

‘Indéniablement, le danger conjoncturel vient de la zone euro. ,

La zone euro aura de la peine à éviter un recul de l’activité, au cours du premier semestre 2012 surtout, car une bonne partie des pays pâtiront de l’impact des politiques d’austérité, de difficultés de financement ou de taux d’intérêt élevés découlant d’un manque flagrant de confiance vis-à-vis de leur capacité à récupérer. La contagion de la crise à l’Italie et à l’Espagne augmente les enjeux de celle-ci puisque, en cas de dérapage, la récession plus profonde qui s’en suivrait pourrait fragiliser la reprise mondiale. C’est précisément parce que les enjeux sont importants, y compris pour l’Allemagne, qu’il nous paraît prématuré d’annoncer la défaite de l’euro, mais sa survie ne peut être espérée que dans une forme différente de l’actuelle. Les récents efforts visant une gouvernance fiscale commune, une meilleure intégration politique et l’accentuation des réformes économiques dans les pays du sud vont dans le bon sens ; toutefois, il faudra aussi une solidarité accrue des nations mieux loties envers les plus affectées afin de soutenir leurs finances et leur croissance qui demeureront déficientes pendant un certain temps encore.

Dans ce contexte économique, la progression des prix dans les pays développés restera contenue et les banques centrales maintiendront les taux d’intérêt proches du plancher, du moins pendant la majeure partie de l’année.


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