Les appréhensions économiques ont été amplifiées par la crise de la dette dans la zone euro.
L’année 2011 a été marquée, comme la précédente, par l’irrégularité et le manque de tonus de la reprise dans les pays développés. Ce fut d’abord le cas aux Etats-Unis : le premier semestre y a été particulièrement faible sous l’impact de la hausse du pétrole, de la progression modeste de l’emploi et du manque de confiance de ménages souvent surendettés et pénalisés par la baisse de valeur de leur patrimoine immobilier. L’économie japonaise a, quant à elle, souffert de la terrible catastrophe naturelle et nucléaire dont elle a été victime en mars dernier, tandis que la zone euro, après un début d’année prometteur, voyait son activité s’affaiblir de plus en plus en raison du ralentissement mondial et, surtout, de la crise de la dette : politiques d’austérité budgétaire, tensions sur le loyer de l’argent et restructurations massives dans les pays en difficulté, dysfonctionnement des marchés des capitaux limitant l’accès au crédit, manque de confiance généralisé… La liste est, hélas, fort longue.
Par contre, les pays émergents tiraient globalement leur épingle du jeu, moins concernés qu’ils étaient par les problèmes structurels des nations développées, pour afficher une croissance en général assez solide, proche même de la surchauffe : nombre d’entre eux ont été obligés, contrairement au monde occidental, de relever leurs taux d’intérêt et de resserrer le crédit afin de calmer les pressions inflationnistes. De ce fait, les taux de croissance ont aussi fléchi mais affichaient en cette fin d’année un niveau encore assez confortable.
Du point de vue économique, et sur le plan mondial, les incertitudes ont atteint un point culminant au cours de l’été. Le ralentissement américain menaçait de dégénérer en récession et l’inflation en Chine n’était pas maîtrisée, en dépit de plusieurs hausses de taux d’intérêt. Heureusement, la fin de l’année a apporté un certain réconfort sur le plan conjoncturel : le marché de l’emploi aux USA a repris quelques couleurs, les ménages ont trouvé une certaine confiance pour dépenser avec plus d’enthousiasme (après la triste confrontation entre démocrates et républicains, en juillet, à propos du plafond de la dette), tandis que les entreprises ont continué d’investir avec une vigueur certaine. En Chine, si l’activité a encore décéléré (tout en restant à un niveau correct par rapport aux standards du pays, soit environ 9% !), la progression des prix s’est nettement ralentie, diminuant les craintes de nouveaux resserrements du crédit dangereux pour la conjoncture.
Si l’économie mondiale a confirmé, cet automne, la poursuite d’une reprise modérée, en Europe toutefois, les conjonctures se sont encore dégradées en raison de l’intensification de la crise ; un nombre croissant de nations est entré en récession ou s’en est approché. En effet, la crise de la zone euro joue les prolongations. Cela semble à la fois inévitable et regrettable. Inévitable parce que cette crise est le fruit de problèmes structurels, tels que le tissu économique des pays du sud ou le surendettement chronique privé et/ou public de ces pays, qui ne peuvent se résoudre par de simples coups de baguette magique. Regrettable car les autorités de l’union monétaire ne sont pas d’accord sur les moyens pour la résoudre et en ont sous-estimé l’ampleur, ce qui les a conduit à perdre un temps précieux.
La Suisse n’est pas restée à l’abri des difficultés de ses voisins. Outre l’impact direct du tassement conjoncturel de ses principaux partenaires commerciaux, elle a été touchée de plein fouet par le renchérissement du franc qui a de nouveau trouvé son statut de monnaie refuge, dans des temps particulièrement difficiles. Etant donné l’affaiblissement de l’euro, en août, au point de quasi parité avec notre devise (qui se trouvait ainsi fortement surévaluée), la Banque Nationale Suisse a pris la décision inédite de fixer un niveau plancher de 1,20 pour l’EUR/CHF, s’engageant à intervenir massivement si nécessaire pour le défendre. Une décision juste, courageuse, qui a permis une certaine stabilisation monétaire, mais n’empêchait pas la croissance helvétique de fléchir assez nettement au second semestre.
Les marchés boursiers ont fortement corrigé fin juillet/début août, d’une façon peu prévisible, réagissant certes à quelques craintes d’un ralentissement conjoncturel plus conséquent, mais surtout aux errements politiques des deux côtés de l’Atlantique, qui ont entamé la confiance des investisseurs. Depuis, ils ont pu récupérer une partie de leurs pertes grâce à leurs évaluations modestes et à des perspectives de poursuite de la reprise sur le plan mondial, bien que toujours sous l’influence aléatoire des développements de la crise de la dette en Europe. Pendant l’été, les obligations de première qualité ont bénéficié de ces incertitudes et affichaient, début décembre, un bilan positif contrairement aux autres types d’investissements, et ce malgré des taux d’intérêt bas. Les matières premières, irrégulières, ont mieux tenu que la majorité des bourses.