La question des retraites prend une ampleur sans précédent. Le diagnostic est connu : baisse de la natalité et augmentation de l’espérance de vie font vaciller les bases de systèmes sociaux mis en place à une époque où une jeunesse nombreuse permettait de financer largement la retraite des aînés.
En Suisse, le pragmatisme l'a emporté en s'appuyant sur les trois piliers sociétaux que sont l'Etat, les entreprises et les individus.
La prévoyance étatique (AVS), qui voit les revenus d'une année financer les dépenses d'un même exercice, subira le vieillissement démographique, mais la LPP repose sur la capitalisation, système qui se justifie dès lors que les taux d'intérêts réels sont supérieurs au taux de croissance de l'économie.
Par cet équilibre subtil, la prévoyance suisse présente un avenir plus sûr.
Il est conseillé d'y penser au moins dix ans avant l'âge de départ en retraite, mais elle devrait se préparer dès l'entrée dans la vie active. En effet, accumulée année après année, la prévoyance individuelle complète un ensemble AVS-LPP qui devra aussi laisser plus de liberté aux personnes quant à l'âge de leur retraite et leur taux d'occupation. A ce propos, les Romands ne sont que 46% à cotiser à un pilier 3a contre 60% d'Alémaniques : cigales contre fourmis ?
On peut bien sûr considérer que "l'intendance suivra", mais c'est ainsi que toutes les batailles se perdent. Il faut préciser que le montant de CHF 6'566 qui peut être versé sur un pilier 3a n'est pas reportable d'une année sur l'autre : il n'est donc jamais trop tôt pour assurer son autonomie financière.
De plus, on ne répètera jamais assez que la retraite ne se prépare pas seul. Notre vie active a été précédée de quinze années d'études, aux côtés de professeurs qui nous ont fait partager leur expertise. Comment imaginer que nous pourrons en sortir sans préparation et sans l'aide de spécialistes ?
Pas de recette miracle ! Une approche individuelle et adaptative au fil des années est la seule garantie de choix judicieux à long terme, en tenant compte des aspects fiscaux et successoraux.
L'une des grandes lacunes de la LPP est que, si l'on se retrouve au chômage avant l'âge réglementaire de la retraite, aucune rente n'est garantie et qu’ainsi, toutes ses prévisions sont à revoir. Or, selon les cas, prendre son capital LPP peut ruiner en quelques minutes mal inspirées la prévoyance d’une vie.
Deux réalités se télescopent : celle du système dans lequel nous évoluons et notre histoire personnelle. La statistique a beau dire que la moyenne des Suisses vivra 80 ans, qu'en est-il de moi ? Un statisticien demeure en effet quelqu'un qui, avec les pieds dans le four et la tête dans le congélateur, pourrait être amené à considérer que la température moyenne est agréable !
La question demeure donc : "700 millions de Chinois et moi, et moi, et moi" ? Mais aujourd'hui comme hier, pour faire mentir la chanson, il faut y penser et ne pas l’oublier, car la sérénité se prépare individuellement et dès maintenant.