Opportunité de l’innovation en temps de crise

Description

L’innovation est une notion galvaudée. Chacun se pique d’en faire et tout devient « innovation », alors qu’il s’agit parfois de simples « changements » - terme qui a moins bonne presse, mais qui couvre des réalités tout aussi utiles.

En fait, la véritable innovation est ambiguë. La concevoir comme un grand mouvement positif vers le progrès est aussi erroné que la négliger sous prétexte que l’entreprise a d’autres priorités.

A la fois force créatrice et destructrice, elle contraint les entreprises à soutenir ce qu’elles apprécient le moins : le risque, l’incertitude, le changement, le non-respect des règles, le désordre. L’innovation est attirante autant qu’effrayante et on ne peut la mettre en œuvre, sans une meilleure compréhension de ce qu’elle est (ou n’est pas).

Il faut tout d’abord poser que l’innovation, comme la nouveauté est le résultat d’un processus et qu’elle n’existe qu’à partir du moment où elle a été diffusée, commercialisée. Ce processus d’innovation peut prendre des formes multiples. Ainsi, l’innovation reposant sur une application technologique transformée en produit, qui est le modèle le plus connu, n’est de loin pas le seul. On peut aussi innover en favorisant un contexte d’apprentissage collectif dans son entreprise, en adoptant une nouveauté développée par d’autres ou en repensant ses processus de production.

L’innovation consistant à lancer un nouveau produit issu d’une application technologique est, au final, la plus risquée. Les autres formes moins connues exigent une prise de risque plus limitée ou différente et peuvent être envisagées dans un contexte de crise.

Enjeux

L’importance de l’innovation est universellement reconnue, mais il est parfois difficile, pour les PME notamment, de se sentir concernées, surtout en temps de crise. En effet, lorsque le principal souci est d’assurer la viabilité à court terme de l’entreprise, s’intéresser à l’innovation pourrait être perçu comme une préoccupation de nantis. Or, cela n’est pas aussi vrai que cela en a l’air. Une meilleure compréhension de l’innovation peut aider à la maintenir même en temps de crise et à faire avancer l’entreprise.

Cinq points-clés et conseils d’application

1 / Garder une perception large de l’innovation

L’innovation ne se réduit pas au dépôt de brevets ou à des artefacts technologiques. De nombreuses autres formes existent, offrant des possibilités, modalités et perspectives très différentes, parfois plus adaptées à un contexte économique défavorable. Garder une perception large de l’innovation, incluant des processus moins connus et plus agiles, permet d’offrir des débouchés à tous types d’entreprises.

L’innovation est à portée de toutes les entreprises si on ne la ramène pas à une définition trop restrictive : chacune devrait donc identifier et mettre en œuvre le processus qui lui est propre.

2 / Ne pas confondre nouveauté et innovation

Faire, au contraire, du « tout-innovation » en utilisant ce qualificatif pour n’importe quelle nouveauté ou n’importe quel changement, est contre-productif en termes de communication et de crédibilité. L’innovation reste l’aboutissement d’un processus et répond à des critères (de nouveauté, de maturation et de diffusion) qu’il serait préjudiciable de galvauder. L’innovation ne serait sinon rien d’autre qu’un phénomène de mode, dont le seul bénéfice pour l’entreprise se limiterait à améliorer éventuellement son image, dans le cas où la communication serait habilement menée.

Il est profitable de positionner son entreprise en termes d’innovation, pourvu que cela soit sous-tendu par un véritable processus.

3 / Garder l’esprit ouvert à l’innovation, même en temps de crise

Parmi les a priori les plus préjudiciables à l’innovation, on trouve le présupposé selon lequel il faut s’y intéresser par temps calme, quand tout est sous contrôle. Raisonner ainsi peut conduire à prendre un retard difficile à combler. En effet, l’innovation n’est pas le fruit du hasard ou de la chance : elle s’organise sur le long terme, s’enrichit de l’expérience et nécessite une maturation qu’il est difficile d’écourter.

Commencer cette réflexion en période calme expose l’entreprise à devoir la finaliser en période de turbulence, ce qui présente plus de risques. Les aléas du contexte ne devraient pas constituer un motif pour retarder la mise en place d’un processus d’innovation.

4 / Oser la remise en question

L’innovation se motive d’abord dans la destruction avant de représenter une force positive. Or, il est difficile de remettre en question soi-même ce que l’on a mis en place, même dans l’optique de conduire son entreprise vers le meilleur.

S’ouvrir systématiquement à des avis internes ou externes, qualifiés ou « naïfs », en organisant le feed-back ou même en sollicitant l’avis de la « foule » (crowdsourcing), doit rester une préoccupation essentielle de l’entreprise, même si le résultat peut être difficile à entendre ou perturbant.

L’innovation n’est pas un processus confortable et il faut s’en accommoder.

5 / Mettre à profit ses atouts

Les PME sont donc, au même titre que les grandes structures, mais de manière très différente, tout à fait susceptibles d’entamer un processus d’innovation, pour autant qu’elles se délestent d'a priori tout aussi encombrants qu’erronés. Parmi leurs atouts, on trouve par exemple une meilleure capacité de travail interdisciplinaire, une plus grande réactivité, une meilleure flexibilité, ainsi qu’une plus grande motivation intrinsèque.

L’innovation ne doit pas rester cantonnée aux départements de Ra&D ou à quelques start-up, mais concerne toutes les entreprises, quel que soit le contexte. Concrètement, chaque entreprise devrait pouvoir témoigner d’une réflexion en cours, ou de la mise en œuvre d’un processus en termes d’innovation.

Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur le thème de l’innovation en entreprise : consulter la bibliographie de l'article.

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Auteur de l'article


Silna Borter

Silna Borter est professeur de méthodologie et de communication à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud, et mène ses activités de recherche et de mandats au sein de l’unité « Ressources Humaines et Management ». Elle s’intéresse plus particulièrement aux questions d’évaluation de dispositifs, de processus d’innovation et de gestion durable des ressources humaines.

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