Crise financière aux répercussions mondiales, récession sans précédent depuis les années trente, crise de l’euro et menace des dettes souveraines : dans un contexte de fortes turbulences, le PIB vaudois est resté stable (en termes réels) en 2009 et les PME locales ont affiché des résultats très honorables. Au contact de ces sociétés depuis 1981, Pierre-Alfred Palley, responsable du département PME de la BCV, est bien placé pour en parler : une PME vaudoise sur deux est cliente de la BCV. « Le maintien des performances est une bonne nouvelle, qui témoigne en faveur du pragmatisme et de la prudence souvent constatés chez les patrons de petites structures. La tendance globale ne doit cependant pas minimiser la grande inégalité des chiffres selon les secteurs d’activité. En 2009, le marché immobilier, porté par un faible taux de vacance et des taux d’intérêt extrêmement bas, a dopé la croissance de nombreux intervenants. Le commerce local, quant à lui, a été soutenu par la consommation intérieure. A elle seule, la branche du commerce de gros et de détail représentait 15% de la valeur ajoutée cantonale. Mais les sociétés orientées vers les marchés étrangers ont subi de plein fouet les suites de la crise financière de 2008, avec des exportations cantonales en recul de 7% en 2009. Dans la sous-traitance des machines-outils et horlogère, certaines entreprises ont vu leur chiffre d’affaires baisser de plus de 40%. » Les disparités ne sont pas seulement sectorielles mais aussi géographiques. « En 2009, alors que le taux d’occupation hôtelier a diminué de 14% dans la zone de Montreux et de la Riviera, celui de Lausanne n’a reculé que de 0,8% par rapport à 2008, qui était une année record ! Les multinationales implantées dans la ville et sur la Côte entretiennent un tourisme d’affaires, ce qui a certainement contribué à ce maintien. »
S’il est une leçon commune à retenir de 2009, elle réside plutôt, selon Pierre-Alfred Palley, dans le rappel d’un principe clé lié à une saine gestion de trésorerie : « le cash est roi ». « Beaucoup d’entreprises en difficulté ont pu tenir jusqu’au redressement conjoncturel de fin 2009 grâce à leurs avoirs immédiatement disponibles. Elles ont pu éviter de licencier et conserver leurs compétences internes, fondamentales pour aborder la reprise. » Une gestion prudente qui passe notamment par un bon suivi des débiteurs, l’optimisation des conditions de paiement et le renforcement du contrôle des achats. Ce serait une attitude à cultiver dans le futur, pour des raisons évidentes : « Disposer de liquidités permet non seulement de parer au plus pressé, mais aussi de construire l’avenir. Dans un contexte de mutations économiques, on assiste à une redistribution des cartes. L’entreprise dotée d’espèces peut profiter des opportunités d’investissement qui se présentent, par exemple en rachetant une activité disposant d’un bon produit, mais mise en danger par une direction déficiente. »
Pour pouvoir saisir de telles occasions et réagir très vite aux changements de l’environnement, les PME ont en leur faveur l’atout de la flexibilité. La particularité d’un patron de petite structure est de pouvoir décider seul, rappelle Pierre-Alfred Palley, qui ose une comparaison imagée : « Une PME, c’est un hors-bord, pas un porte-avion qui demande des kilomètres pour s’arrêter ! D’un coup de volant, on peut changer la direction. »
Confrontées à des cycles conjoncturels de plus en plus erratiques, ces organisations légères, capables de s’adapter rapidement, doivent pratiquer la remise en question permanente et conserver une marge de manœuvre pour ne pas être en position défensive. A l’heure où la crise de l’euro fait peser de nouvelles menaces sur les exportations vers la zone euro et sur le tourisme de loisirs, « il est indispensable de repenser les méthodes de travail pour rester compétitif. »
Etre créatif dans sa recherche de profitabilité, exploiter ses ressources différemment, faire preuve d’intelligence industrielle en rationalisant encore le processus de production et de commercialisation : autant de voies à étudier… avec lucidité. « Quand les perspectives de l’environnement sont incertaines, une PME devrait éviter de se disperser et devrait se focaliser sur ce qu’elle sait bien faire en apportant un surcroît de qualité à son offre et un service après-vente parfait, avance Pierre-Alfred Palley. La viticulture vaudoise a donné l’exemple : elle éprouvait des difficultés importantes jusqu’à ce qu’elle renforce la qualité de sa production et son marketing, mettant en avant le terroir et les AOC locales. Cette stratégie a fait ses preuves. »
Mais dans la réalité d’un indépendant ou d’une petite entreprise, les urgences du quotidien prennent souvent le pas sur la vision à long terme. Absence de conseil d’administration, encadrement réduit sont autant de freins à l’anticipation. « En tant que banquiers de proximité, nous avons un rôle à jouer pour aider un patron à se projeter. Nous sommes partenaires, et à ce titre nous pouvons l’encourager à réfléchir aux défis du futur. Quand un entrepreneur s’adresse à la BCV, nous lui demandons ses bilans, mais aussi une projection de ses résultats. Cette démarche permet d’établir une feuille de route, d’avoir un projet fiable avec des étapes formalisées, voire plusieurs scénarios. » Ceci s’avère également indispensable pour entretenir l’esprit d’initiative qui, à l’heure de la reprise, peut faire la différence.
Corinne Baffou, rédactrice (BCV) - Magazine Pointsforts Août 2010
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