« Solar Impulse est un appel à un Green New Deal! »

Interview de Bertrand Piccard

«Nous avons demandé à des constructeurs d’avions de fabriquer Solar Impulse. Comme ils nous ont dit que c’était impossible, nous avons demandé à une entreprise qui construit des bateaux, la société Decision de Bertrand Cardis à Ecublens. Ce dernier ne savait pas que c’était impossible. Alors, il l’a fait...» Devant un parterre d’entrepreneurs invités par la BCV à l’occasion de la rencontre Conjoncture et perspectives, le 10 novembre 2010 à Lausanne, le directeur et initiateur du projet, Bertrand Piccard, a expliqué par cette anecdote en quoi Solar Impulse est bien plus qu’un avion solaire, à ses yeux: «il s’agit d’un message, d’un appel à l’esprit de pionnier.»

Quand le projet de faire le tour du monde avec un tel engin a été imaginé, l’ampleur du défi a vite été claire. L’avion doit pouvoir voler de nuit comme de jour uniquement grâce à l’énergie du soleil. Sachant en outre que le rendement total de la chaîne de propulsion est de l’ordre de 12% et que les 200 mètres carrés de cellules solaires qui équipent l’aéronef produisent l’équivalent de l’énergie nécessaire pour éclairer un sapin de Noël, le projet a vite été classé par certains sceptiques dans la catégorie «impossible».

«Jamais fait» ne signifie pas «impossible»

Cependant, «jamais fait» ne signifie pas «impossible», a poursuivi Bertrand Piccard. Dans une telle situation, il faut «prendre du recul pour changer l’angle de vision et trouver de nouvelles solutions». Avec Solar Impulse, plutôt que de chercher à produire plus d’énergie, l’effort s’est porté sur les solutions pour en consommer moins. Entre les premiers dessins et la construction, certaines pièces ont vu leur poids divisé par deux ou plus.

Depuis, Solar Impulse a volé et montré qu’il était capable d’accumuler suffisamment d’énergie le jour pour tenir toute la nuit en vol. Bertrand Piccard est aussi fier d’avoir pu montrer que les économies d’énergies sont possibles, car il est convaincu que celles-ci sont une «nécessité» à l’échelle de la planète entière, «en raison des changements climatiques, de leurs conséquences sociales, de la dépendance aux énergies fossiles et de la raréfaction de ces dernières».

«Il y a des solutions qui créeront des emplois»

«Mais le discours habituel est atterrant. Comment voulez-vous mobiliser en argumentant que les problèmes climatiques sont graves et coûteront cher?» Pour Bertrand Piccard, il vaut mieux observer qu’il y a des solutions qui créeront des emplois. Les technologies existent; un «Green New Deal» serait parfaitement possible en Suisse: isoler les bâtiments et mieux utiliser les énergies naturelles ou issues de la valorisation des déchets, a-t-il plaidé. Il y a de nouveaux marchés, mais les ouvrir est difficile pour qui agit seul.

Selon le «savanturier», le monde politique devrait avoir une vision claire, montrer la direction et donner des impulsions. Ensuite les entrepreneurs prendront le relais. Cependant, la volonté manque; face à cela, les électeurs devraient faire entendre leur voix, a-t-il ajouté. Dans ce contexte, Bertrand Piccard a précisé ce qu’il entend par «pionnier»: «il ne s’agit pas de celui qui a de nouvelles idées, mais celui qui sait penser autrement».

Jean-Pascal Baechler, Média et information

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