Réhabiliter tours et blocs

Après l’exposé de M. Pierre Dessemontet, qui chiffres à l’appui a fortement minimisé l’effet de l’implantation des sociétés multinationales sur le marché immobilier et sur la pénurie de logement dans le canton de Vaud, la table-ronde organisée par la BCV a réuni, en plus du géographe, M. Lionel Eperon, Responsable du Service de l’économie, du logement et du tourisme de l’Etat de Vaud, Mme Kira-Destinity Prince, directrice de Prince Advisory Services, et M. François Dieu, directeur de Créateurs Immobiliers.

Aux yeux de Lionel Eperon, les chiffres avancés par Pierre Dessemontet corroborent la certitude de son service : « On nous reproche tous les maux. Or, sur les quelque 42 500 nouvelles places de travail créées dans le canton de Vaud, 12% seulement ont bénéficié de l’appui du canton ». Il est bien venu, dans ces conditions, d’accuser la politique d’aide de l’Etat au développement économique de provoquer la pénurie de logements et l’inflation des loyers. La hausse des prix dans ce domaine est due essentiellement à la pénurie de logements, aussi bien quantitative que qualitative. Dans la foulée, le responsable du Service de l’économie, du logement et du tourisme revient sur le problème de la thésaurisation du sol qui a suscité les plus vives controverses dans le canton ; pour rappeler, tout d’abord, que l’on recense 1 600 hectares de terrain disponible mais que 65% des droits à bâtir sont bloqués pour diverses raisons ; pour insister, ensuite, sur le fait que le droit d’emption sur ces terrains dont pourraient disposer les pouvoirs publics doit être considéré comme l’ « ultima ratio » de la volonté de l’Etat d’aider le marché immobilier à retrouver son équilibre. « Le recours au droit d’emption dépendra de situations particulières ; il faut nuancer l’utilisation qui pourra en être faite ».

Si l’hypothèse du recours au droit d’emption hérisse les personnes soucieuses de défendre la propriété privée, il est par contre un domaine sur lequel les milieux concernés par le développement de l’immobilier ne sont pas loin de faire l’unanimité, c’est une meilleure densification du sol. Dans son exposé liminaire, Pierre Dessemontet a le premier rompu une lance en faveur des grands ensembles locatifs. « Il faut construire en hauteur, s’inspirer de ce qui a été fait dans les années soixante où l’augmentation de l’offre de logements suivait celle de la population ». Rebondissant sur cette idée, François Dieu ne comprend pas que l’on oppose les tours d’habitation aux éco-quartiers. « Malheureusement, chacun trouve une tour adéquate à condition qu’elle soit construite loin de son jardin ». Cette tendance à l’individualisation du logement et de ses occupants explique la tendance croissante de ceux-ci à s’opposer et à faire recours contre tout et contre rien, déplore Lionel Eperon, « et la somme des intérêts individuels ne fera jamais un intérêt collectif ».

Avec le dynamisme économique, la libre-circulation des personnes et, depuis peu, le regain de la natalité dans le canton de Vaud, la courbe de la demande de logements n’est pas près de s’infléchir. De plus, augmenter l’offre est une chose mais il s’agit aussi de développer toutes les infrastructures (transports publics, écoles, installations sportives, etc.) qui sont liées à l’habitat. La directrice de Prince Advisory Services est particulièrement sensible à cet aspect du problème. Sa société est spécialisée, entre autres, dans les conseils aux entreprises et à leur personnel lors d'installations en Suisse. Sa clientèle est aisée mais pas disposée à payer n’importe quel prix pour son logement. Les cadres de multinationales qui s'expatrient en Suisse font souvent venir leur famille et ils souhaitent y trouver une qualité de vie qui ne se résume pas seulement à un logement de bon standing. La somme des travaux en perspective dans le secteur du logement et tous les domaines qui lui sont liés est donc énorme, ne fût-ce que pour éviter que le retard ne s’aggrave.

Etienne Oppliger, journaliste économique externe

Lire également le résumé de la conférence de M. Pierre Dessemontet