Manque de logements - multinationales hors de cause

Pour sa conférence des Professionnels de l’immobilier, la BCV avait choisi, cette année, un thème d’une chaude actualité : quel est l’impact des multinationales et des expatriés sur le marché immobilier et les prix des logements ? Depuis quelques mois, il est de bon ton dans certains milieux de les accuser de provoquer un fort déséquilibre entre l’offre et la demande de logements et par là la flambée des prix, un phénomène qui est particulièrement sensible le long de l’arc lémanique. D’aucuns vont même jusqu’à préconiser une politique malthusienne, persuadés que le problème sera résolu en freinant la croissance économique et avec elle la création de nouveaux emplois dans le canton.

Invité à lancer le débat, M. Pierre Dessemontet, géographe et fondateur de Microgis SA, chargé de cours à l’EPFL, s’est appliqué à rectifier la plupart de ces idées reçues : non, l’inflation qui sévit sur le marché immobilier vaudois n’est pas due à l’implantation des sièges et des filiales de sociétés multinationales. Elle s’explique avant tout par une inadéquation générale entre l’offre et la demande de logements. Quelques chiffres tirés du recensement fédéral des entreprises : en 1995, le nombre d’employés (équivalents plein temps) de sociétés à capitaux étrangers établies dans le canton de Vaud atteint 5,8% de l’ensemble de l’emploi (240 000). Une proportion très légèrement supérieure à la moyenne suisse (5,7%). Dix ans plus tard, alors que l’emploi a quelque peu augmenté (250 000), les rapports sont, respectivement, de 6,4% et de 7,4%. Globalement, les sociétés multinationales ont créé un peu plus de 6 000 emplois entre 1995 et 2005. Ils ne sont pas tous occupés par des expatriés, précise le professeur Dessemontet. Il estime à 300 par année le nombre de logements nécessaires pour héberger les nouveaux collaborateurs de ces multinationales, des collaborateurs en règle générale très qualifiés et bénéficiant d’un revenu confortable. Or, durant la même décennie, quelque 24 500 nouveaux logements ont été mis sur le marché. La population globale, elle, a augmenté de 48 700 habitants. Il est donc difficile d’accuser les expatriés d’attiser la hausse des prix de l’immobilier. Le fond du problème réside dans le déséquilibre entre la croissance démographique, prise dans sa globalité, et l’offre de nouveaux logements.

La population vaudoise a continué d’augmenter depuis le dernier recensement fédéral, accentuant le déséquilibre. Le déficit de nouveaux logements est de l’ordre de 30% par année, avec de fortes inégalités selon leur catégorie et leur implantation. Depuis 2000, note encore Pierre Dessemontet, les promoteurs privilégient la construction de logements de standing moyen à élevé et de grande surface, au détriment des appartements plus petits et moins chers. Alors que 40% de la population vaudoise est concentrée à Lausanne et dans sa périphérie, la moitié des nouveaux logements sont situés en dehors des centres urbains.

La mode est aujourd’hui de privilégier la promotion d’éco-quartiers mais « souvenons-nous des années soixante, où l’on n’hésitait pas à construire de grands immeubles locatifs, lance Pierre Dessemontet en guise de conclusion. Le marché du logements était alors équilibré, malgré l’augmentation constante de la population ».

Etienne Oppliger, journaliste économique externe

Lire également l’article sur la table ronde organisée lors de cette conférence