« Le marché immobilier suisse est sain ! » - Juin 2008

« Conférence BCV Entreprises » du 9 juin 2008

Impacts de la crise des subprimes sur l’économie suisse, tel a été le thème abordé lundi 9 juin lors d’une conférence organisée par la BCV devant un parterre de chefs d’entreprises vaudois. M. Jean-Pierre Roth, Président de la Direction générale de la BNS était l’invité d’honneur de cette manifestation. M. Fernando Martins da Silva, Chef stratégiste à la BCV, a également exposé ses perspectives pour les prochains mois.

La Conférence BCV Entreprises
en images…

Une politique monétaire préventive pourrait-elle permettre d’éviter une crise financière du type de celle qui frappe aujourd’hui l’économie mondiale? Invité de la BCV à l’occasion de sa conférence « BCV Entreprises », le Président de la Direction générale de la Banque nationale suisse (BNS), Jean-Pierre Roth, a pris l’exemple actuel de la crise des subprimes pour répondre, par la négative, à cette question.

Pour le banquier central, cette crise a ressemblé tout d’abord à celle qui avait frappé le marché immobilier suisse au début des années 90. Tout a dérapé en raison du mode de financement. En Suisse, la crise du début des années 90 n’est pas oubliée et le mode de financement est resté très conservateur. Aux Etats-Unis, la crise immobilière classique a été rapidement amplifiée par la titrisation des effets immobiliers, c’est-à-dire leur transformation en papiers-valeurs de plus ou moins bonne qualité.

C’est lorsque « la crise immobilière s’est transformée en crise de confiance entre les banques » qu’elle est devenue internationale et a frappé les marchés financiers. « C’est alors qu’elle est devenue un problème de politique monétaire », a remarqué Jean-Pierre Roth. Et ce dernier d’expliquer que, pour la BNS, la priorité a alors été de mettre la Suisse a l’abri des turbulences internationales en stabilisant le taux Libor à 3 mois sur le franc : « Ce taux est représentatif du marché suisse du crédit. Résultat : en Suisse, il n’y a pas eu de dégradation des conditions de crédit ! »

Jean-Pierre Roth

Mais pourquoi les banques centrales n’ont-elles rien vu venir ? Auraient-elles été imprudentes ? Jean-Pierre Roth estime d’une part qu’il est extrêmement difficile d’identifier les bulles spéculatives avant qu’elles n’éclatent. D’autre part, il se demande s’il aurait été vraiment judicieux de « casser la conjoncture pour stabiliser l’immobilier ». Et avant toute velléité d’un accroissement des mesures de régulation, « il vaut mieux faire l’effort de mieux comprendre le marché immobilier ».

Précisément et en ce qui concerne la Suisse, le Président de la Direction générale de la BNS ne voit pas de péril en la demeure. Certes, l’indice des prix des logements a progressé de 30% dans notre pays depuis le début des années 90. Mais ce n’est rien en comparaison des prix espagnols, irlandais ou même britanniques. De même, il n’existe pas de dérapage entre l’offre et la demande : « L’évolution des prix est explicable par des facteurs fondamentaux sous-jacents », explique-t-il. Par exemple et en Suisse romande, il incrimine « une offre moins flexible » que dans d’autres régions du pays.

Pourquoi donc une politique monétaire interventionniste puisque « le marché immobilier est sain », conclut in fine le Président de la Direction générale de la BNS… Et d’ouvrir la réflexion en estimant que «le pic de l’évolution des prix a vraisemblablement été franchi ».

par Paul Coudret, conseiller économique

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