Jacques Attali : Le monde, un avion sans cabine de pilotage - Octobre 2008

Jacques Attali en visioconférence depuis Paris

Décor Empire pour recevoir Jacques Attali en visioconférence depuis Paris avec les participants de l’édition 2008 de Conjoncture et Perspectives que la BCV a organisé le 8 octobre dernier. Pour le Président de la Commission pour la libération de la croissance française, l’histoire de l’avenir ne s’écrit aujourd’hui ni brièvement – contrairement au titre de son livre – ni à moyen terme : « J’avais raconté la crise qui se déroule actuellement mais je l’avais située dans dix ou quinze ans », rappelle-t-il d’emblée à son public lausannois, « en fait l’histoire s’accélère puisque toutes mes prévisions ont eu lieu bien avant… » Pour le politicien-philosophe français, ce que nous vivons actuellement est pourtant différent de toutes les crises qui ont façonné l’histoire de l’humanité.

Pour lui, elles stimulent le changement : celui du centre dominant des affaires, celui de la technologie dominante et celui du rapport entre la culture et la finance. Mais aujourd’hui « d’une part, l’Empire dominant, les Etats-Unis, n’a pas de successeur possible ; d’autre part, un système de marché mondial s’est mis en place alors qu’il n’existe pas de système mondial d’Etat de droit », analyse Jacques Attali. En d’autres termes, il y a certes une globalisation réelle des marchés, mais pas de leur contrôle, et surtout pas de celui de la finance, « alors même que c’est l’huile dans les rouages des marchés ». Pour reprendre son image, « le monde est dans un avion sans cabine de pilotage ».

D’un geste de la main, il balaie le pessimisme que sa comparaison a pu faire naître : « L’économie mondiale maîtrisera cette crise parce que son potentiel de croissance est phénoménal ! » Ce réservoir est d’abord dans la démographie : le monde aura neuf milliards d’habitants dans trente ans qui susciteront des mouvements de population, la nécessité de résoudre le problème du vieillissement et celui de l’urbanisation. Le potentiel est encore dans les formidables besoins énergétiques et écologiques qui obligeront à une redistribution de la richesse. Il est aussi dans les progrès technologiques qui concerneront l’information, les biotechnologies, les nanotechnologies et les neurosciences. Pour Jacques Attali, le potentiel de croissance est enfin dans l’absolue certitude « qu’il est possible de vivre dans un monde ordonné » !

Combien de temps cependant cette crise durera-t-elle encore ? « Plusieurs années avant de s’estomper », estime l’économiste. Il craint pourtant que la mise en place d’un nouveau style de gouvernance mondiale et de nouvelles institutions planétaires ne soit accompagnée de mouvements identiques à ceux de la période 33 – 45. Pour éviter cela, Jacques Attali propose « de ne pas paniquer, d’écoper la crise ensemble et de reconstruire, ensemble également». Sans oublier jamais que « l’économie n’est pas tout » et « qu’on est passé au bord du gouffre ». D’ailleurs, conclut-il, il ne sera pas de trop à l’humanité d’être ensemble. Car, une fois le tsunami financier dompté, la planète devra affronter le suivant, le tsunami climatique. Alors, propose-t-il, « réfléchissons déjà comment le maîtriser ».

Paul Coudret, Conseiller économique BCV

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