Le rendez-vous annuel « Conjoncture et perspectives » de la BCV a réuni quelque 550 personnes le 5 octobre dernier à Beaulieu. Cette manifestation a permis à Fernando Martins da Silva, Directeur de la politique d’investissement de la BCV, de commenter le contexte économique actuel et de présenter les principales perspectives pour l’année prochaine aussi bien sur le plan mondial que pour la Suisse. L’évolution technique de la communication et ses impacts ont également été abordés lors de cette manifestation. Tout d’abord par Carsten Schloter, CEO de Swisscom, qui a parlé des développements technologiques en lien avec son entreprise, alors que Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS à Paris, a mis en parallèle le développement technique et la dimension humaine de la communication.
Nous assistons aujourd’hui à une dissociation entre la communication et l’information. La seconde a meilleure presse, mais constate Dominique Wolton, « le décalage croissant entre les deux entraîne une accélération de la méfiance et même de l’hostilité et si l’on veut préserver ce facteur d’émancipation, il faut réhabiliter la communication ; un des grands défis qui se pose aujourd’hui à l’homme est dès lors de faire l’effort de comprendre l’autre et d’apprendre à cohabiter avec lui ». Consacrer toujours plus de temps à discuter, à négocier, constitue un deuxième défi lorsqu’il s’agit d’éviter que ce décalage entre l’information et la communication ne provoque des hostilités. Au centre de toute cette problématique se situe la vitesse de la diffusion de l’information : « Elle est trop rapide pour la pensée humaine, affirme Dominique Wolton en écho à la réflexion du CEO de Swisscom Carsten Schloter. Il est indispensable de prendre du recul. Le XXIe siècle sera celui de la communication d’une façon plus marquée que l’information ». Au passage, le directeur de recherche au CNRS rompt une lance en faveur des medias collectifs et de leur offre –une information complète, hiérarchisée, mise en perspective- qui se distingue fondamentalement d’un support comme Internet qui ne fait que répondre à la demande de l’utilisateur.
Dominique Wolton conclut ses réflexions sur la mondialisation telle qu’il la voit évoluer au cours du XXIème siècle. « Elle va entraîner des différences culturelles de plus en plus fortes. Or, il faudra apprendre à les respecter et leur permettre de cohabiter. A l’image de ce que fait depuis des siècles la plus ancienne démocratie du monde, la Suisse ». Respect des différences culturelles, respect des individualités aussi. Les performances technologiques et la vitesse de l’information n’ont rien à voir avec la pensée de l’homme et celle-ci n’évolue que lentement. C’est tout le concept de la communication qui
doit donc être revalorisé. « Finalement, le défi est anthropologique. Les hommes et la société sont plus importants que les tuyaux ! »
Etienne Oppliger, journaliste économique
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