En 1982, lorsqu’elle reprend la part au capital de la famille Payot, la famille Lamunière devient l’actionnaire largement majoritaire d’Edipresse. Cette concentration du pouvoir de décision va coïncider avec le début d’une puissante phase d’expansion du groupe de presse lausannois, tout d’abord au-delà du canton de Vaud puis hors des frontières de la Suisse. Aujourd’hui, Edipresse « pèse » près de 900 millions de francs en chiffre d’affaires consolidé, occupe quelque 3000 collaborateurs et édite environ 160 publications dans 17 pays différents. Ce développement a été piloté dans un environnement médiatique en rapide mutation et il est loin d’être achevé. Pierre Lamunière, président et administrateur-délégué du Groupe, a évoqué devant les invités de la BCV les principaux défis auxquels est confronté aujourd’hui Edipresse.
Editant essentiellement des magazines à l’étranger, tout d’abord en Espagne, puis au Portugal, en Europe de l’Est et en Asie, Edipresse entend poursuivre son implantation dans les pays émergents, y compris la Chine. Le groupe opère essentiellement par le lancement de nouveaux titres, plutôt que par des achats. En transplantant les concepts et leurs marques d’un pays à l’autre, en internationalisant les titres, il bénéficie d’effets de synergie appréciables en particulier auprès des annonceurs. Les pays émergents offrent l’avantage d’un faible coût d’entrée pour les investisseurs étrangers, de la présence d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un potentiel de croissance appréciable, en particulier pour la publicité. Revers de la médaille : l’infrastructure de ces pays est peu développée, notamment dans leurs transports, l’environnement légal n’y est pas toujours respecté et les journalistes qui ne sont pas à la botte du pouvoir pratiquent parfois un métier dangereux.
L’arrivée en force des quotidiens gratuits – Le Matin Bleu, édité par Edipresse, et 20 Minutes - sur le marché romand constitue le deuxième défi relevé par le groupe de presse lausannois. Avec eux, la Suisse romande est la région du pays où les lecteurs ont le plus de quotidiens à leur disposition note Pierre Lamunière. Il constate avec satisfaction que la moitié des jeunes de 16 à 20 ans s’intéressent à ces nouveaux journaux «et cela davantage pour leur contenu que pour leur gratuité», ce qui fait autant de nouveaux lecteurs.
La téléphonie mobile et le développement phénoménal d’Internet entraînent l’apparition régulière de nouveaux acteurs sur un marché âprement disputé en particulier dans le domaine de la publicité. Cette évolution ne laisse bien entendu pas inactif l’éditeur lausannois. Il développe ses propres sites, il se diversifie dans l’édition de luxe (horlogerie), avec en appui des newsletters ou l’organisation d’événements, bref il privilégie l’approche multimédia.
L’élargissement de l’éventail de ses produits, tout en demeurant fidèle aux supports de l’information, et la diversification de ses marchés constituent les piliers de la stratégie d’Edipresse. Cela n’empêche pas Pierre Lamunière d’affirmer sa confiance dans l’avenir de la presse écrite qui est à l’origine du développement de son groupe, ne fût-ce que parce que son contenu est celui que le cerveau humain retient le mieux.
Crédit photos : Régis Colombo
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