La presse et la télévision en particulier constituent-elles un quatrième pouvoir ? On désigne volontiers les medias comme des faiseurs d’opinion, surtout dans les milieux politiques, de la droite à la gauche de l’éventail. « Cela les arrange bien, constate le présentateur du Téléjournal Darius Rochebin, mais je n’y crois pas ». Et de citer nombre d’exemples à l’appui de son affirmation lors de son intervention en vidéoconférence devant les invités de la BCV. « On nous a reproché d’offrir une tribune au Conseiller fédéral Christoph Blocher, lors de l’affaire du procureur de la Confédération, mais son intervention devant le Parlement a été très bonne. On nous accuse d’inviter toujours les mêmes politiciens à nos débats, mais MM. Pierre-Yves Maillard et Oskar Freysinger sont de brillants débatteurs. Parler de la vie privée des personnes célèbres, des candidats à une élection ? Ce faisant, nous répondons aux questions que tout le monde se pose, cela fait partie de la vie quotidienne ».
Dans la foulée, Darius Rochebin s’oppose fermement aux pressions que certains milieux, politiques notamment, sont tentés d’exercer sur les medias et qui s’apparentent à une forme de censure. Ce sont les dictatures qui ont voulu mettre la presse dans le droit chemin, rappelle le journaliste TV. L’exemple des régimes communistes imposant que les faits divers soient relégués au dernier plan de l’information est patent. Cette politique ouvre la porte à toutes les rumeurs et les suspicions. Plus près de nous, les problèmes liés à l’immigration ont montré les effets néfastes d’une certaine forme de censure. « En cachant les réalités, par exemple la nationalité de trafiquants de drogue, on incite les gens à déplorer une soi-disant volonté d’imposer une opinion bien-pensante ».
Les journalistes baignent dans l’opinion dominante, admet le présentateur du Téléjournal. Ils n’y échappent pas mais ils doivent en même temps conserver un esprit critique et incisif à l’égard de cet environnement. Répondant plus précisément à l’interrogation sur le quatrième pouvoir, Darius Rochebin fait remarquer que le public est en général bien informé sur les problèmes d’actualité et qu’il est suffisamment mûr pour traiter une information brute. « Le journaliste ne doit donc pas chercher à imposer son point de vue, quel qu’il soit, et à ce point de vue, la presse romande fait preuve de modestie ».
S’exprimant devant un parterre composé en grande partie de patrons et de cadres d’entreprises, Darius Rochebin a été tout naturellement amené à s’exprimer sur les relations entre la presse et l’économie. Pour relever - et indirectement déplorer- les rapports de force qui existent entre les medias et les grands groupes. Les patrons de ces derniers étant tentés d’imposer leur point de vue aux médias et montrant souvent une forte allergie à leurs critiques. De même, il existe encore de nombreux milieux de l’économie qui n’ont pas le réflexe de l’information. Ils déclinent les invitations de la presse à s’exprimer publiquement, celles du Téléjournal en particulier, et font finalement le lit des opportunistes, qui eux savent exploiter ces possibilités. « Il existe encore une barrière entre ces deux milieux, ceux de l’économie et ceux de la presse, qui freine le flux de l’information. De chaque côté, on aurait tout avantage à mieux se connaître, ce qui ne signifie nullement tomber dans le copinage».
Crédit photos : Régis Colombo
Inscrivez-vous à la Newsletter Entreprises BCV, votre source d'actualité économique globale et régionale.