André Kudelski : Le succès passe par la remise en question permanente - Octobre 2008

André Kudelski

Fondée en 1951 par son père dans une cave de Prilly, « parce que celle-ci était plus grande que le garage », l’entreprise Kudelski a fait du chemin dans le monde global depuis lors. « Cette année, notre chiffre d’affaires devrait dépasser le milliard de francs, soit cinquante fois plus qu’en 1991 quand j’ai repris la direction du groupe familial », constate son président et CEO André Kudelski. Le décideur, qui s’exprimait devant plus de 500 chefs d’entreprises vaudoises lors de la conférence Conjoncture et Perspectives organisée par la BCV le 8 octobre dernier, reste pourtant modeste : « Il n’existe pas de formule universelle pour le succès ni pour l’échec ! Il faut savoir reconnaître ses forces pour bâtir, prendre des décisions impopulaires quand c’est nécessaire et avoir des convictions sans pour autant s’entêter… » Pas de formule certes, mais quelques recettes quand même.

Surmonter les frontières

Dès le départ de l’entreprise, ses enregistreurs ont été conçus pour avoir une valeur ajoutée qui les rendent compétitifs sur les marchés européens et mondiaux. « Nous avons immédiatement sauté les frontières cantonale et fédérale pour être sur un marché international où nous excellions avec un produit de niche », assure André Kudelski.

Surmonter la concurrence

Quand la concurrence asiatique devient trop inégale et que les marges de l’entreprise s’érodent, celle-ci se remet en question : « J’ai voulu rester dans la région », se souvient l’entrepreneur. Qui décide alors de changer de métier et de devenir un « fournisseur de solutions » parce qu’en Suisse, dans le Pays de Vaud en particulier, on sait se mettre à la place des autres pour comprendre leurs problèmes. Le groupe vaudois passe alors de l’enregistreur, « où la niche est devenue une chatière », aux solutions pour les télévisions à péage puis à la télévision numérique.

Surmonter les modèles

Se remettre en question signifie ainsi savoir changer de modèle d’affaires. Dans ce cas, « il faut absolument être proche du marché pour le comprendre, avoir à la fois une vision globale et une vision locale », analyse André Kudelski. Aujourd’hui, son groupe est ainsi passé d’un modèle d’affaires basé sur la vente à un modèle fondé sur le service : « Celui que nous vendons aligne nos intérêts sur ceux de nos clients et nous permet de développer de nouvelles technologies. » Une solution qui passe, par exemple, par l’installation d’ingénieurs à demeure chez les clients…

Surmonter les obstacles

Comment gagner de l’argent ? « En sachant sans arrêt se projeter dans le futur avec une remise en question permanente de la chaîne de valeur », est persuadé le patron vaudois. Pour lui, ceci implique par exemple de toujours en préserver la valeur intellectuelle, dans son propre intérêt comme dans celui des clients qu’il faut « savoir protéger contre les concurrents ». Se remettre en question, c’est aussi savoir évoluer selon les besoins de l’entreprise en ignorant parfois le diktat du cours de Bourse.

Surmonter les crises

Pour André Kudelski, elles sont une bonne opportunité pour trouver des solutions. Ainsi, « plus le monde est turbulent, plus il faut être flexible tout en sachant garder le cap à long terme et en anticipant les mouvements ». Comme il le dit, dans ces circonstances, il faut « regarder au loin sans se prendre les pieds dans le tapis ».

Paul Coudret, Conseiller économique BCV

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