Un cas d’école pour les PME - Août 2008

First Industries

François Schoch a 48 ans, en février 2005, lorsqu’il crée First Industries, une holding domiciliée à Commugny, dont les bureaux se trouvent à Crissier et qui regroupe des entreprises spécialisées dans le traitement de surface et le travail du métal. 48 ans, n’est-ce pas un peu tard pour se lancer dans une opération industrielle ambitieuse mais qui comporte tout de même quelques risques ? François Schoch sourit : « Certainement pas lorsque l’on croit fermement en ce que l’on fait et que l’on a la conviction de réussir. Et à mon âge, j’avais déjà accumulé une belle somme d’expériences et un réseau de contacts, qui me seront très utiles pour la suite, puisque j’ai travaillé au CICR, chez Roche, dans le groupe immobilier Naef, chez Debrunner puis chez de Rham avant de créer ma propre affaire ».

Mais si ce n’est l’âge, le défi plutôt audacieux ne se situe-t-il pas dans le choix du secteur d’activité car la branche du traitement de surface, en Suisse romande, paraît vivre une fin de cycle ? « Disons que c’est l’ensemble de l’industrie métallurgique romande, et vaudoise en particulier, qui a la réputation d’être en fin de cycle, répond en substance François Schoch. Et il est vrai que bien des entreprises, généralement des PME en mains familiales, disparaissent faute d’avoir une taille critique suffisante, de pouvoir procéder aux investissements nécessaires ou parce que la succession n’est pas assurée. Mais cette réputation est exagérée et l’évolution n’a rien d’irréversible. Ces PME industrielles représentent une richesse, en particulier grâce à leur savoir-faire, qui peut être valorisée si elles mettent en commun leurs compétences et leurs ressources. C’est l’objectif principal de First Industries ».

Jusqu’à présent, les faits ont donné raison à François Schoch. Le groupe s’agrandit régulièrement, par croissance interne et par acquisition de nouvelles entreprises. A la Zinguerie de Renens, qui a constitué le premier pilier de la holding, à la Fabrique d’articles en métal de Renens, important producteur de brides, et à Alunni (toujours à Crissier) spécialisée dans le chromage dur, est venue s’ajouter une prise de participation minoritaire, qui deviendra majoritaire début de l’année prochaine, dans l’entreprise de tôlerie Mottier (Villeneuve). A l’intérieur même du groupe, celui-ci a élargi la gamme de ses techniques de traitement de surface avec la création de First Thermolaquage et Peintures industrielles puis de First Zingage Electrolytique. Dès le printemps prochain, Alunni deviendra un des principaux acteurs de Suisse romande dans le domaine du traitement de surface de l’aluminium, l’éloxage. A chaque étape, des synergies sont dégagées entre les diverses unités du groupe : management, fonctions administratives, recherche et développement, marketing, parc de véhicules sont mis en commun. « Avec le regroupement des moyens et des compétences, nous pouvons disposer des meilleurs collaborateurs aux meilleurs postes alors que très souvent, dans les PME traditionnelles, le savoir-faire est entre les mains d’une seule personne, la commercialisation est faite plus ou moins bien par le patron lui-même, si l’administration est externe elle est coûteuse et enfin, la masse de salaires du management est disproportionnée face à celle de la production ».

François Schoch admet que seul, il aurait eu de la peine à relever le défi qu’il s’est lancé au seuil de la cinquantaine. « J’ai eu la chance de trouver, avec Charles Trolliet et sa sœur Anne-Catherine Veuve-Trolliet, des partenaires financiers solides avec qui partager et confronter mes visions, qui m’ont permis de me lancer. J’ai aussi pu constater qu’en ayant foi en un projet qui a un sens et qui est bien ficelé, on trouve sans trop de difficultés l’appui auprès des banques, la BCV en ce qui me concerne ».

François Schoch a connu les inévitables difficultés liées au démarrage d’une entreprise, il a aussi commis des erreurs dont il s’est efforcé, à chaque fois, de tirer quelque chose de positif. « J’ai parfois pris des décisions trop rapides mais j’ai assumé leurs conséquences. Certes, il faut savoir solliciter les conseils des autres mais à trop douter, on n’avance pas. On a aussi tendance à rouler le nez dans le guidon alors qu’il faut fréquemment relever la tête pour avoir une vision globale de la vie de l’entreprise ».

Finalement, aux yeux du patron de First Industries, piloter une entreprise en constante progression, dans ses structures (des discussions sont en cours avec 3 entreprises susceptibles de rejoindre la holding), dans ses emplois (60 personnes à la fin de l’an dernier, 100 prévues en 2010), dans son chiffre d’affaires (10,1 millions et 18 millions) impose des défis permanents. Réduire l’endettement de l’entreprise à l’horizon 2015 ne sera pas le moindre. « Mais 2015, c’est presque demain et nous devrons être prêts à passer la main dans les années qui suivent. Et nous entendons remettre une entreprise financièrement saine à nos successeurs ».

Propos recueillis par Etienne Oppliger, journaliste économique

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