« La Coulette », une diversification exemplaire - Juin 2010

La Coulette - Belmont

Dans la famille Favre, établie dans les hauts de la commune de Belmont-sur-Lausanne, on demeure agriculteurs et éleveurs dans l’âme. Leur domaine de « La Coulette », d’une superficie de 65 hectares, abrite 85 têtes de bétail. L’exploitation agricole ne représente pourtant plus que 10 pourcent du chiffre d’affaires de l’entreprise car, s’ils restent fermement attachés à leur terre, Philippe Favre et son fils Marc-Etienne Favre ont aussi le goût des défis. Les 90 autres pourcents du chiffre d’affaires sont le fruit d’une diversification qui a débuté en 1994 avec l’inauguration d’une usine de compostage. Aujourd’hui, une dizaine de personnes sont occupées aux activités de recyclage et de compostage de « La Coulette » et l’entreprise est considérée comme un leader de la branche en Suisse romande.

Marc-Etienne Favre, quel a été votre plus grand défi, lorsque vous avez décidé avec votre père de créer la compostière de « La Coulette » dans les années nonante ?
Avec mon père, nous voulions développer une activité para-agricole complémentaire à nos activités d’alors. Le recyclage des déchets organiques allait devenir obligatoire, nous avions la place à disposition et les compétences pour le faire, alors nous avons proposé nos services à sept communes. Au terme d’une procédure de plusieurs années, elles nous ont fait confiance pour recycler les matières organiques collectées sur leurs territoires.
Nous nous sommes lancés malgré un certain scepticisme ambiant. Aujourd’hui, tout le monde est acquis à la nécessité de réutiliser les déchets organiques.

Quels enseignements avez-vous tiré de vos premières expériences ?
Celui qui pilote une PME comme « La Coulette » doit avoir une vision globale de ce qui s’y fait. Tous les matins, nous avons une discussion avec l’ensemble du personnel présent à Belmont. Chacun sait ce que fait l’autre, il peut au besoin l’aider, et de toutes façons, je n’ai pas le monopole des bonnes idées. J’insiste aussi sur la nécessité d’être à l’écoute de la clientèle. Le client est-il roi ? Je répondrai qu’il faut le respecter mais ne pas être son sujet.

Avez-vous un défi à relever actuellement ?
Oui, notre grand défi actuel, c’est le four à pyrolyse. Nous développons un four de 500 kilowattheures, destinés à produire une énergie renouvelable sous forme de chaleur. Il produira également 400 tonnes de carbone par année qui seront utilisés pour la fertilisation du sol. Cette technologie permet de répondre à plusieurs défis d’actualité : éliminer des déchets qui constituent la matière première de la pyrolyse, produire une énergie renouvelable, neutre en CO2, augmenter et assurer la fertilité des sols à long terme et fixer du CO2 définitivement dans les sols. Avec deux associés, « La Coulette » a donc créé une nouvelle société, Swiss Biochar, qui développe ce système conçu par une société allemande.

D’autres défis en vue pour le futur ?
Depuis les débuts de la compostière, j’ai appris que dans la vie d’une entreprise, on franchit des étapes mais on n’atteint pas des buts finaux. Je croyais que nous serions tranquilles après deux ans mais j’ai vite compris que la concurrence ne tarderait pas à nous rattraper. Et nous n’aurions pas pu démarrer Biochar sans avoir atteint une certaine envergure. Des défis, il y en aura encore et j’en vois déjà un à moyen terme: préparer l’un ou l’autre de nos enfants à prendre des responsabilités dans l’entreprise.

Votre conseil à un jeune entrepreneur ?
En vrac, je répondrais : croire à son idée et la faire mûrir, pouvoir s’appuyer solidement sur un partenaire financier, être très strict dans le respect de ses budgets, rechercher en permanence des innovations - c’est rassurant pour les clients et motivant pour les collaborateurs - veiller au maintien de l’efficacité de son appareil de production, même si la conjoncture n’est pas très favorable, et finalement cultiver un grand respect pour les employés de l’entreprise.


« La Coulette »

La Compostière de « La Coulette » travaille sur le site de Belmont plus de 1700 tonnes par mois de déchets organiques pour le compte de quarante communes et d’une centaine d’entreprises privées. Son parc de machines et de véhicules lui permet non seulement de broyer les gros bois et les souches, d’évacuer et de transporter les déchets de ses clients ; l’entreprise revalorise aussi les déchets et se charge de l’épandage du compost. Son terreau et ses amendements organiques, elle les vend aussi bien à des particuliers citadins qu’à des paysagistes ou à des vignerons.

Etienne Oppliger, journaliste économique

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